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Et c'est une folie à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde

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Actualités ....


  • Sécurité routière, insécurité routinière

    Samedi, 23 Décembre 2017

     

    Il est question d'abaisser, de 90 à 80 kilomètres/heure, la vitesse maximum autorisée sur les routes à deux voies. Je trouve cette proposition consternante, et ce pour plusieurs raisons.

    Le motif invoqué est d'abaisser le nombre de tués sur la route. Qui ne saurait souscrire à un tel objectif ? Et l'on vient nous asséner des "études" qui établissent, de façon "certaine", la corrélation liant vitesse et mortalité routières. Tyrannie des chiffres, tyrannie de statistiques tronquées et retranscrites par des analphabètes ignorant tout de la définition et des conditions de mesure des premiers comme des intervalles de confiance attachés aux secondes. Selon son usage, le chiffre peut être la meilleure comme la pire des choses, et il me semble que je ne l'ai vu évoluer, depuis mes débuts de statisticien, que dans le mauvais sens. J'en suis rendu aujourd'hui à l'idée que sa production ne devrait être confiée qu'à des moines reclus dans quelque lamaserie haut perchée dans l'Himalaya, et son utilisation réservée à quelques officiers assermentés soumis au contrôle rigoureux des premiers.

    Tout ingénieur sait qu'en matière de précision des cotes d'une pièce, les premiers progrès sont faciles à obtenir, mais qu'ils sont de plus en plus coûteux à mesure que les exigences de qualité se font plus sévères. Cette règle universelle se transpose aisément aux vies épargnées sur la route ; le "coût" de réduction de l'hécatombe routière est sans commune mesure lorsque l'on dénombre (en France) 10.000 morts par année (en 1990) ou 3500 (ces dernières années). Seuls les politiques, et les journalistes, feignent de croire, et s'acharnent à faire croire, que les "lois" et les recettes d'il y a 30 ans peuvent s'appliquer à l'identique aujourd'hui. Et l'objectif de 2000 tués par an en devient un talisman aussi abstrait que les deux degrés Celsius du réchauffement de la Terre, mais dans l'autre sens : l'un vers lequel on veut descendre, l'autre vers lequel on ne veut pas monter, sans aucune considération de coût.

    Ce que montrent les chiffres de l'ONISR (Office national interministériel de la sécurité routière), c'est que le nombre de tués par milliard de kilomètres parcourus, selon le type de route, n'évolue plus depuis dix ans. Si cela devait continuer ainsi, les seules solutions pour épargner davantage de vies seraient de moins rouler sur les catégories les plus accidentogènes (départementales et nationales) ou de transformer celles-ci en autoroutes.

    Et comme les départementales sont, globalement, les plus dangereuses au kilomètre parcouru, tant pis pour le "France périphérique" ; obligeons les voitures à y rouler plus lentement ! Les crânes d'œuf qui n'ont jamais mis leurs pieds, ni leurs roues, dans la province profonde, ont vite fait de penser que les tests de "crash" envoyant une voiture bourrées de capteurs sur un mur y ont autant de pertinence que pour le piéton fauché par un chauffard en plein Paris.

    Or la diversité de ces routes et la relativement faible densité de circulation qu'on y trouve en dehors des heures de pointe fait que l'analyse des causes des accidents y est beaucoup plus délicate que sur les routes les plus fréquentées, ou sur des moyennes nationales sur-représentant ces dernières. Il se trouve que je réside dans une des régions les plus dangereuses de France (par rapport à la population résidente) et, pour en avoir le cœur net, je me suis penché sur la chronique récente des accidents mortels qui y ont marqué l'actualité dans la presse quotidienne. J'en ai réinterprété les causes ; ainsi d'un jeune conducteur ayant abusé du cannabis avant de se tuer en roulant à vitesse excessive, la cause première (efficiente) est la drogue, la vitesse n'étant que la cause matérielle.

    Les résultats de mes examens sont sans appel : la "vitesse consciente" (celle qui est maîtrisée, non celle qui résulte d'une conduite incertaine ou délibérément dangereuse) n'est pour rien dans les accidents mortels sur le réseau départemental. Ceux-ci résultent soit de conducteurs ayant pris le volant alors qu'ils n'étaient pas en état de le faire (et il ne s'agit pas seulement de jeunes sortant de boîte de nuit. Des personnes âgées, trop âgées, sont également concernées), soit de circonstances les plus diverses qui relèvent le plus souvent de la pure malchance, formant comme une sorte de "noyau incompressible" que seul un aménagement massif du réseau pourrait permettre de réduire.

    Bien sûr, de tels aménagements sont souhaitables, dans l'absolu. Une famille qui déplore un mort ne jugera jamais que le coût en était trop élevé. Mais, de l'extérieur, on est bien obligé de prendre du recul et de ne pas céder à l'émotion ; si tout n'a pas encore été fait, tant s'en faut, beaucoup l'a été, et le coût marginal de tout effort supplémentaire ne cesse d'augmenter.

    Peut-être faut-il, pour éviter tout risque de relâchement dans la prudence, effectuer régulièrement quelques "piqûres de rappel" sécuritaires. Mais quand celles-ci deviennent la règle, le seul message possible émis par l'autorité publique, un leitmotiv culpabilisant, elles en font qu'ajouter au stress d'une société qui en supporte déjà bien trop. Elles ne font que dissuader de l'usage de l'automobile ; mais alors, comment peut-on se déplacer dans la "France périphérique" ? Y est-on condamné à l'exode, ou à une longue agonie dans la solitude ?

    L'automobile, pourtant, pourrait rester (non, redevenir) un plaisir ! Nous n'en avons pas tant que cela à notre disposition.

    À ce propos, je livre à votre sagacité ces quelques lignes écrites par Georges Galichon le 24 juillet 1959. Leur auteur, futur Président d'Air France, était alors directeur du Cabinet du ministre de l'Intérieur.

    La fermeté requise ne parviendra au degré d'intimidation et d'exemple voulu par le législateur que si elle s'exerce avec le maximum de discernement et s'entoure systématiquement de l'ensemble des garanties que tout contrevenant est en droit d'attendre des auxiliaires de la Justice.

    À l'accentuation de la rigueur pénale doit obligatoirement correspondre un surcroît de précautions et d'objectivité dans l'accomplissement des missions de surveillance et dans l'exercice de la répression confiée à la police de la route.

    C'est en considération de ces principes généraux, sur lesquels j'ai estimé opportun de mettre l'accent pour confirmer les instructions qui ont pu déjà être données en ce même sens par les autorités responsables de la police et de la gendarmerie, que le personnel intéressé sera invité :

    • à opérer, notamment durant les périodes où l'intensité de la circulation lui impose de se consacrer au maximum à la surveillance préventive, une nette discrimination entre l'infraction légère de caractère relativement bénin et celle qui pourrait avoir des conséquences directes sur la sécurité générale ;
    • à faire preuve d'une égale fermeté envers les usagers, quelle que soit leur catégorie (automobilistes, conducteurs de véhicules à deux roues ou même piétons), en ayant toujours à l'esprit qu'une infraction grave constatée par l'agent verbalisateur mais non relevée, ne fût-ce au besoin que par un avertissement, peut constituer une incitation indirecte à la récidive et donc à la multiplication d'imprudences et d'indisciplines lourdement préjudiciables à leurs auteurs eux-mêmes ;
    • à ne retenir, en vue de les sanctionner, que les infractions nettement établies, c'est à dire celles dont les éléments constitutifs ne reposent pas sur une base d'appréciation trop étroite (par exemple, un chevauchement réduit, dans le temps et dans l'espace, de lignes matérialisées continues, surtout lorsque la visibilité est par ailleurs suffisante, ou un faible dépassement d'une vitesse imposée, etc...) ;
    • à accorder, sauf mauvaise foi évidente, de larges tolérances en faveur des conducteurs ayant enfreint des règles de stationnement de caractère purement local, surtout lorsque ces usagers sont étrangers à la localité ou au département considéré ;
    • lorsque la nature de l'infraction autorise le recouvrement correspondant d'une amende forfaitaire (ce qui est actuellement prévu pour les contraventions de 1ère et de 2ème classe), à prévenir tout malentendu sur le caractère facultatif de ces recouvrements et sur le droit qu'a le contrevenant de refuser le versement immédiat de l'amende s'il estime préférable que la contravention suive son cours judiciaire normal ;
    • à apporter un soin particulier à la rédaction des procès-verbaux, notamment lorsque ceux-ci se rapportent à des délits ou des infractions pouvant donner lieu à suspension ou annulation du permis de conduire.

    Vous voudrez bien assurer à cette instruction la plus large diffusion auprès des chefs de service concourant à la surveillance de la circulation routière et leur demander, en effectuant un rappel général des instructions du 12 Septembre 1957, de la commenter à l'ensemble du personnel placé sous leur autorité.

     

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  • Le centenaire de Ferrari, comme un goût de malaise

    Vendredi, 08 Décembre 2017

     

    Si vous n'êtes pas féru de philatélie, rassurez-vous, cet article est néanmoins fait pour vous. Mais allez donc au préalable sur Wikipédia pour vous informer a minima sur la vie de Philippe de Ferrari, autrement nommé Philipp von Ferrary de la Renotière, que je ne présenterai donc pas davantage.

    Et en passant, allez donc également vous renseigner sur son père, Raffaele de Ferrari, duc de Galliera, ancien propriétaire et occupant de ce qui est aujourd'hui l'hôtel Matignon. Cet homme, l'un des plus riches de son temps, magnat des chemins de fer, fut l'associé des frères Péreire dans diverses affaires ; aussi, il ne m'étonnerait pas qu'il fût saint-simonien, mais je n'en sais pas davantage à l'heure actuelle. Peut-être, avec votre aide, aurons-nous de quoi enrichir sa notice Wikipédia ?

    Mais ce n'est qu'au sujet de son fils Philippe, sinon unique du moins seul descendant survivant, que je veux consacrer ces quelques lignes. On vient de célébrer avec faste, à Monaco, le centenaire de sa mort. Et les éloges qu'il reçut à cette occasion m'ont mis assez mal à l'aise.

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  • Où va l'ESS ?

    Lundi, 27 Novembre 2017

     

    L'ESS d'aujourd'hui, tout au moins en France, s'est mise à tourner en rond. Toute grisée par la promesse de changer d'échelle, elle s'est enfermée dans un nombrilisme byzantin qui lui a fait rapidement perdre le peu d'écho que la loi de 2014 lui avait assuré. Le mois de novembre qui s'achève a été inaudible ; année après année, cette institution du Mois de l'Économie Sociale s'étiole et se décompose dans l'indifférence générale.

    Toujours aussi pessimiste, m'objectera-t-on. Mais que proposez-vous ? Quelle recette miracle ? Et d'abord, quel est votre diagnostic ? Pourquoi tant de sévérité ? Ne faîtes-vous pas trop bon marché de nos efforts, de nos réflexions, des travaux de nos multiples comités et commissions ? Enfin, croyez-vous que ce soit le bon moment pour nous critiquer, alors que nous sommes attaqués de toutes parts ?

    Eh bien, chers amis de l'ESS, permettez-moi d'abord de répondre sur ce dernier point. Non, vous n'êtes pas attaqués. Et la diminution du nombre des emplois aidés n'est pas dirigée contre vous. C'est un mauvais système, qui n'a jamais donné satisfaction, et il est salutaire qu'il amorce enfin son déclin. D'ailleurs, la notion même d'emploi aidé, financé en partie par la puissance publique pour diminuer artificiellement le chiffre du chômage, est aux antipodes des principes de l'Économie Sociale. Il est pour le moins cocasse que vous vous en fassiez les défenseurs, sous prétexte que cela a pu rendre service à tel ou tel. Votre attitude en la matière, purement égoïste et corporatiste, vient percuter de plein fouet les "valeurs" que vous affichez. Il serait temps de faire machine arrière.

    Non, vous n'êtes pas attaqués. Au contraire, tout le monde vous voit avec sympathie, et attend beaucoup de vous. Peut-être trop ? En tous cas, il faut se montrer digne de ces attentes, et non se comporter en assistés. Pour tout dire, l'ESS aujourd'hui est trop folle dans ce qu'elle a de sage, et trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol.

    Trop folle dans ce qu'elle a de sage, car l'ESS c'est la modestie du concret, c'est surtout l'entière responsabilité de ses sociétaires. Certes, ceux-ci doivent bénéficier de conseils, de formation, d'encouragements, d'exemples à suivre, et d'un environnement favorable. Mais c'est à eux et à eux seuls de savoir ce qui les unit, ce qui fonde leurs intérêts communs. Les coopératives d'éleveurs de porcs doivent coexister avec les coopératives de végétariens, et l'une n'a pas à donner des leçons de morale à l'autre. Sur ce point, le volumineux Guide des bonnes pratiques est, au mieux une perte de temps, au pire une tentative perverse et insidieuse de manœuvrer les comportements et les consciences dans une direction que je juge sans issue.

    Et surtout, l'ESS est trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol. Au lieu de se présenter fièrement comme instrument d'une profonde transformation sociale, l'ESS fait profil bas et se couche devant la puissance publique, tout en restant prisonnière d'accointances politiques et idéologiques dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont plus porteuses du moindre avenir. À ce jeu, elle sera toujours perdante et réduite au rôle de cinquième roue du carrosse. Et lorsqu'elle se pose en rempart contre les excès de l'ultralibéralisme, c'est avec bien trop de timidité, et avec des arguments vieillots jamais renouvelés.

    Alors, suis-je trop sévère ? Mais je ne demande qu'à avoir tort !

     

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  • Migration Passion

    Jeudi, 07 Septembre 2017

    La récente déclaration du pape François au sujet de l'accueil des migrants a suscité de nombreuses réactions. Sur ce sujet sensible, où les rodomontades rivalisent avec les bons sentiments sur fond d'impuissance généralisée, la parole du Vatican n'a certes rien apporté de nouveau, ni sur le détail des propositions, ni sur la tonalité générale qui reprend ce qui a déjà été maintes fois exprimé par le Saint Siège ou par ses voix autorisées, comme ici la une de La Croix du 7 novembre 2015 :

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  • Économie Sociale : un quinquennat pour rien

    Lundi, 08 Mai 2017

     

    NB : ce bref article a été écrit pour être publié dans une revue amie, dont les lecteurs ne sont pas a priori des familiers de l'ESS. Je pense reprendre et développer chacun des points qui le composent.

    L'Économie Sociale n'aura guère fait parler d'elle au cours de la longue et tumultueuse campagne présidentielle qui vient de s'achever. Certes, nombre d'autres secteurs, même les mieux organisés autour de puissants groupes d'influence (logement, environnement, santé, Université...) peuvent à juste titre émettre de semblables doléances, tant il est vrai que les candidats, bien qu'abreuvés d'interpellations catégorielles, en sont restés aux généralités et aux invectives. Mais dans leur cas, le mal n'est pas bien grand ; ils reviendront tout naturellement au devant de l'actualité. En revanche, pour l'Économie Sociale, c'est une double déception. Elle sort en effet du précédent quinquennat moins comprise, moins considérée, moins influente qu'elle n'y était entrée ; elle pensait pouvoir compter sur la campagne pour se relancer, pour servir d'ossature à divers projets politiques de renouvellement, de "sortie de crise". C'est raté.

    Revenons à la situation qui prévalait en 2012. L'ensemble des régions (toutes étaient alors à gauche, sauf l'Alsace) avaient fait de l'Économie Sociale un élément central de leur programme. Les CRESS (chambres régionales de l'Économie Sociale et Solidaire), partout en pleine croissance, en étaient les partenaires privilégiés ; ça et là, des départements et des grandes villes s'étaient joints au mouvement. L'arrivée des socialistes au pouvoir laissait penser à certains qu'un progrès décisif au niveau national était désormais à portée de main ; c'est ce qu'on a appelé le "changement d'échelle".

    Une "grande loi-cadre" avait été promise. Elle mobilisa pour sa préparation l'ensemble des acteurs du secteur, et fut votée à l'unanimité après deux années d'intenses travaux. Une seule difficulté fut rencontrée, l'opposition du MEDEF à l'information systématique des salariés en cas de projets de cession des entreprise, mesure destinée à favoriser les reprises d'activité en SCOP (coopératives ouvrières de production). Ensuite, malgré certaines craintes, la loi ne fut pas enterrée ; des décrets d'application sortirent, lentement certes, mais ils sortirent.

    Cependant, une loi même votée à l'unanimité ne fait pas plus le printemps qu'une hirondelle, et le changement d'échelle tant attendu resta une vaine incantation. Benoît Hamon, qui avait porté la loi en tant que Ministre, ne s'en prévalut guère et n'en fit jamais un argument de campagne. Nombre de cadres et d'élus de l'Économie Sociale, qui s'étaient visiblement trop compromis avec la gauche, durent prendre la porte lorsque les régions repassèrent à droite ; et là où les régions eurent à fusionner, le poids des CRESS diminua d'autant. Procédures et paperasse firent le reste ; ce qui réussissait grâce à la souplesse et à la proximité se perdit en bureaucratie et en recentralisation.

    Une des innovations majeures de la loi devait permettre d'étendre le champ de l'Économie Sociale, jusqu'ici limité aux "quatre vieilles" (coopératives, mutuelles, associations et fondations), à des entreprises "ordinaires", c'est à dire pourvues d'actionnaires et de patrons non salariés, à condition que celles-ci fussent "sociales", selon un certain nombre de critères que les CRESS étaient chargées d'administrer. On attendait monts et merveilles de ces glorieuses fiançailles entre l'entrepreneuriat et l'intérêt général, une profusion d'emplois, de richesses et bien entendu d'histoires édifiantes propres à faire naître des vocations de philanthrope en chaque étudiant de grande école de commerce. Bien entendu, rien de tout cela n'advint. La maigreur des résultats, rapportée au lyrisme des ambitions affichées, a quelque chose de très cruel, mais aussi de salutaire : de nous rappeler aux principes fondamentaux.

    Un premier principe, c'est que l'Économie Sociale ne peut exister, et apporter ses bienfaits à la société, que si elle est pleinement autonome. Trop d'attentions des Pouvoirs Publics, loin de l'aider, ne peuvent que l'étouffer. Même quand les intentions des politiques sont les meilleures du monde (et ce n'est pas toujours le cas !), elles ne font que se retourner contre leurs objectifs généreux.

    Et un second principe, c'est que l'Économie Sociale, qui est un mode d'organisation particulier de la production et des échanges, concerne l'ensemble de la population et l'ensemble des courants de pensée qui participent de son Histoire. Et qu'à trop vouloir ne l'associer qu'à un parti, voire à un courant de parti, on la dénature, on la coupe d'une large partie de ses racines naturelles, on la travestit, on l'affaiblit et finalement on fait le jeu du libéralisme pur et dur.

     

     

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  • Le Yin et le Yang

    Dimanche, 15 Janvier 2017

    Notre époque est-elle devenue à ce point régressive que seules les pensées les plus stupidement binaires peuvent s'y exprimer ?

    Ainsi, identité et universalité sont aujourd'hui systématiquement et haineusement opposées.

    Identité, traditions, racines, voilà qui est rance, nauséabond et passéiste ; ouverture, diversité, mobilité, voilà qui est moderne, positif, jeune et innovant. Ajoutez-y inclusivité et résilience, et vous aurez le ticket gagnant complet.

    Mais de quelle nature est donc ce blocage mental anténéandertalien qui exclut d'avance toute tentative de synthèse ? Le bon sens, et quelques notions d'Histoire, suggèrent pourtant à l'évidence que les notions d'identité et d'universalité sont complémentaires, qu'elles s'appellent l'une l'autre, et que seul un savant composé des deux permet de dessiner la route du bien commun. Je laisse le soin aux professeurs de philosophie de me dire si ce principe date d'Aristote, comme tant de vérités qu'on s'ingénie de nos jours à oublier ou à piétiner, ou si des précurseurs l'ont énoncé encore plusieurs siècles auparavant.

    En matière d'économie, la transcription est claire.

    Au rebours de l'entrepreneuriat schumpétérien "pur et dur", qui justifie (et glorifie) une incessante nécrophagie tant économique que sociale, sur le modèle biologique de la matière vivante se nourrissant de matière vivante, et au rebours d'une certaine économie publique qui entend assurer aux mammouths une survie éternelle, quel qu'en soit le prix à payer, l'économie sociale tente justement un nécessaire compromis entre une identité à préserver, qu'elle soit de métier, de territoire ou de bassin de population, et l'intégration permanente de nouveaux apports, humains, technologiques et commerciaux, venus d'ailleurs.

    Mais c'est au prix de règles de fonctionnement solidaires où les devoirs priment les droits.

    Que l'on oublie cela, ou que l'on cède à l'air du temps en faisant passer systématiquement l'universalité avant l'identité, alors l'économie sociale se dégrade rapidement en chimère, prenant l'allure d'un bâtard adultérin de ce que le capitalisme et la bureaucratie d'État peuvent chacun présenter de pire.

     

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  • Vœux récurrents, circulaires et recyclés

    Vendredi, 30 Décembre 2016

    Chers correspondants, chers amis,

    Voici que, comme à chaque année nouvelle, un agenda également neuf succède à son prédécesseur, lequel se voit offrir le choix, selon les mœurs de son propriétaire, entre l'archivage, la déchetterie ou l'abandon pur et simple. La roue tourne, comme la planète... mais c'est la routine ! les mêmes scènes se rejouent à l'identique, avec toujours la même dominante de banalité cachant mal un lourd pessimisme. Qu'il s'agisse ou non d'économie sociale, l'inquiétude suppure et le noir se broie. Puisqu'il en est ainsi, osons la brutalité de l'espérance !

    Ce que je vous souhaite à toutes et à tous, c'est ce que j'aimerais pouvoir souhaiter à tous les grands princes et autres petits marquis qui nous gouvernent, ou qui pensent gouverner une parcelle de notre autonomie perdue, c'est que je ne me souhaite pas mais que je cherche à exiger de moi-même, à savoir la capacité de garder son sang-froid et de penser avec lucidité. Certes, c'est souvent difficile, voire exceptionnel, en ces temps où le mimétisme, le premier ressenti ou la plate conformité s'imposent à tous, en tous temps et en tous lieux. C'est quasiment héroïque ! et donc d'autant plus nécessaire.

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  • Après toutes ces élections, en attendant les prochaines

    Mercredi, 30 Novembre 2016

    L'actualité politique de ces dernières semaines aura complètement occulté le "Mois de l'économie sociale", qui ne s'en relèvera sans doute pas. Elle aura également accentué cette impression de naufrage de la pensée que beaucoup ressentent. Les projets rationnels et construits, les idéologies nourries d'Histoire ont cédé la place à des mots interchangeables, confus et vides de sens, dont le martèlement incessant ne fait que renforcer l'indifférence de ceux qu'ils sont supposés convaincre.

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  • France must simplify to survive the modern world

    Jeudi, 25 Février 2016

    "France must simplify to survive the modern world", c'est le message de détresse que m'a récemment envoyé un ami franco-mauricien, ancien chef d'entreprise et par ailleurs président d'une association dont je m'honore d'être membre. Je connais son tropisme libéral, et les coups de gueule contre la bureaucratie envahissante lui sont coutumiers. Mais cette fois, il n'en avait pas à l'administration fiscale ni à l'inspection du Travail ; son courroux teinté de désespoir s'adressait à sa propre Fédération. C'est de l'intérieur du mouvement associatif, hors de toute contrainte étatique, hors de toute obligation légale ou de toute pression venant de l'extérieur, en toute autonomie donc, que croissait et embellissait la pieuvre paperassière, dardant ses tentacules toujours plus puissantes dans les recoins les plus reculés du fonctionnement intime de chaque unité fédérée.

    Il semble en effet régner partout une règle non écrite qui veut que toute mesure de simplification soit automatiquement compensée par deux nouvelles règles de complication. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que ce tropisme pervers touche aussi l'économie sociale. Celle-ci s'est en effet dotée de chartes et de principes à tiroirs, tous irréprochables, mais la simplification n'en a jamais fait partie. Hélas !

    Et pourtant, ce ne serait que cohérence.

    Que sont en effet, dans les déterminants du comportement élémentaire de la personne humaine, que ces propensions récurrentes aux métastases bureaucratiques ? Rien d'autre que le fonctionnement en roue libre, hors de tout contrôle, du besoin naturel (que chacun ressent plus ou moins vivement) de faire de l'ordre, de ranger et de nettoyer autour de soi. Lorsque cet ordre, ce ménage domestique, a atteint un niveau satisfaisant, et que la dynamique du rangement se poursuit néanmoins, de manière plus ou moins compulsive, elle se met à tourner à vide, ne sert plus à rien et fabrique de la bureaucratie superflue. Cela s'observe partout, dans la vie privée comme dans celle des organisations.

    Mais la maîtresse de maison qui gère et sur-gère ainsi l'ordonnancement de son salon ne fait de tort à personne, tout au plus impose-t-elle ses manies à son entourage immédiat. Il n'en est pas de même lorsque la multiplication des procédures ne concerne plus seulement des objets, mais des personnes. Elle s'accompagne alors de la volupté du pouvoir, et il ne peut plus suffire d'un appel au bon sens, d'une franche explication ou d'un début de thérapie pour en venir à bout. Il y faut explicitement une intervention de contre-pouvoirs légitimes et efficaces.

    Dans l'administration, dans le monde politique, on sait que ceux-ci sont difficiles à trouver. Dans l'entreprise, la pression du client et de la rentabilité devraient suffire, du moins la théorie le veut ainsi... mais pas toujours la pratique, et cela nous a valu ici Courteline, là Auguste Deteuf. Mais dans l'économie sociale, qu'en est-il ? À la fois entreprise et "société de personnes", il lui arrive de cumuler les faiblesses et inconvénients des deux. Parfois, c'est le management salarié qui, cherchant à asseoir et à légitimer son pouvoir, produit de la bureaucratie au kilomètre, et les administrateurs laissent filer pour avoir la paix ; parfois, c'est le Président lui-même qui, pour des raisons diverses où l'orgueil contrarié tient toujours une grande place, impose à la structure un corset de règles qui lui permet un contrôle de tous les instants et le conforte dans sa démarche d'appropriation du bien collectif. Dans tous les cas, c'est le contre-pouvoir du sociétariat qui n'a pas joué.

    Or les statuts, les chartes et autres litanies de "valeurs", ne constituent que l'enveloppe, l'habit de l'économie sociale. Son squelette, son moteur, c'est le sociétariat. C'est à lui qu'il revient de s'assurer qu'en toutes circonstances la poursuite de l'intérêt collectif n'est pas obérée ou alourdie par des procédures superflues qui ne servent qu'à nourrir l'ego de quelques-uns. C'est à lui de veiller à ce que la transparence, la subsidiarité, les relations de confiance et l'esprit de responsabilité l'emportent toujours sur la tentation paperassière. C'est à lui de définir et de maintenir un équilibre optimal entre les coûts de la gestion et l'utilité qui en résulte. Il peut le faire, mieux qu'une assemblée d'actionnaires ou qu'un aréopage de fonctionnaires, en raison de sa double qualité qui fait de lui à la fois le propriétaire et l'opérateur.

    À l'aune de la simplicité, et donc à celle de la simplification, l'économie sociale devrait toujours se montrer plus efficace que l'économie publique ou l'économie actionnariale. Ce devrait être pour elle une vertu cardinale, reconnue partout et par tous. Quand il n'en va pas ainsi, c'est que l'apparence a pris le pas sur la raison d'être ; et c'est une grave perversion de la nature même de l'économie sociale.

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  • Mixité sociale

    Jeudi, 01 Octobre 2015

    Mixité voulue, mixité subie, mixité encouragée voire rendue obligatoire par les politiques publiques, on conviendra aisément qu'il s'agit là de trois réalités distinctes qu'on ne peut confondre.

    Mais avant tout, il ne peut y avoir mixité que s'il y a conservation des différences d'origine. Mettre dans une même école des garçons et des filles, c'est rendre cette école mixte ; mais si on a préalablement transformé chaque enfant en un être unisexe, il n'y a plus mixité, mais simplement addition de deux entropies. La question est alors de savoir si le fait de mettre ensemble garçons et filles va contribuer, ou non, à gommer les différences entre les sexes ; autrement dit, si la mixité va progressivement tuer la mixité, ou si cette mixité peut être conçue comme un instrument pour atténuer, voire faire disparaître, les différences.

    C'est assurément ce dont sont convaincus divers groupes de pression qui ne voient les différences que comme des inégalités, et les inégalités comme autant de scandales. Souvent, ce sont les mêmes qui affirment que les différences ne sont que de culture et qu'il n'y a pas de vraies différences de nature ; que l'on rompe la reproduction des rapports de domination des uns sur les autres, et les inégalités cesseront, entraînant avec elles la fin des différences. Et la mixité généralisée est le premier moyen pour y parvenir.

    Mais ces bourdieuseries tournent vite en trissotinades. À force de nier les différences de nature, comment continuer à parler de mixité ? Dès lors que tout est pareil, que tout se vaut, il devient suspect et parfois interdit de même nommer les éléments qui, une fois mélangés, vont constituer cette mixité tant réclamée, tant louangée, qu'on en oublie qu'elle n'est pas conceptuellement séparable des différences qui en font la substance.

    Toute l'absurdité de ce vocabulaire, qui se veut aussi exclusif et aussi intégriste que sont étroites et rigides les mentalités qui le portent, transparaît dans cette exigence de mixité sociale devenue désormais une ardente obligation qu'on ne saurait discuter. Et où on ne sait donc plus distinguer ce qui relève de la recherche d'un équilibre social de bon aloi de ce qui relève d'affleurements pervers de relents bourdivins.

    Pourtant, la mixité tout court, lorsqu'elle rompt d'anciennes ségrégations dont la raison d'être n'est plus perceptible ou a perdu toute pertinence, peut avoir et a effectivement eu des effets heureux. Je ne me sens pas la compétence de parler de l'école ; je me limiterai à une image plus anecdotique, mais riche de sens, celle des salons de coiffure.

    Quel intérêt, social ou anthropologique, pouvait-il y avoir à ce que les hommes soient coiffés et rasés par d'autres hommes dans des salons réservés aux hommes, et que les dames le soient par d'autres dames dans des salons réservés aux dames ? C'était pourtant ainsi. Et quand le verrou a sauté, cela s'est fait en très peu de temps, et personne n'a regretté l'ordre ancien.

    Aucun gouvernement n'y a été pour rien. Il n'y a eu ni loi, ni directive européenne, ni campagne de communication institutionnelle. Rien. Tout s'est fait naturellement, et la société y a gagné un lieu de convivialité et d'apaisement. Sans qu'en rien la différence des sexes ne soit réduite. Ah, quand les politiques et les idéologues sont hors jeu, tout se passe quand même bien mieux !

    De même que les pubs anglais et les tavernes québécoises étaient jadis interdits aux femmes... qui en sont désormais les piliers les plus solides. Il est vrai que, là, il a fallu faire évoluer quelques règles, lesquelles avaient d'ailleurs un fort substrat religieux. Mais néanmoins point de bourdieuserie.

    La mixité dite sociale, lorsqu'elle devient l'instrument de politiciens, n'a plus hélas ces vertus. Elle est chargée de toutes les pollutions. Déjà, son nom résonne mal ; comme il est indécent de parler de mixité ethnique, on ne peut plus mettre en avant que des disparités de revenus ou de richesse, ce qui a contraint maints organismes d'HLM à choisir entre l'inefficacité et l'illégalité. Un peu de bon sens très basique suffit pourtant pour comprendre, que ce soit à l'échelle d'une ville, d'un quartier ou d'une cage d'escalier, que les ghettos sont une calamité, qu'un peu de mixité apporte de la stabilité et de la sécurité, mais que trop de mixité forcée produit l'effet inverse.

    Le désir de rester "entre soi" est humain et légitime. S'il est trop exclusif, cela devient pervers et dangereux. Mais si des lois, des objectifs chiffrés, une administration tatillonne et toute une doxa bien-pensante viennent le limiter et le vilipender, le résultat n'en est pas moins fâcheux, sans compter que l'acharnement à mélanger plus riches et moins riches n'a jamais réduit l'éventail des revenus.

    Je termine ce rapide tour d'horizon, comme à l'accoutumée, par un retour sur l'économie sociale. Ceux qui s'en sont faits les porte-parole constituent un milieu fort homogène sur bien des plans. Les exhortations à la mixité sociale y sont fréquentes, mais on ne l'y pratique guère. Ce serait pourtant salutaire. Un peu de diversité, un peu d'ouverture y feraient le plus grand bien.

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