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Celui qui tremble à la guerre
N'est qu'un jean-foutre en amour

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  • Économie Sociale : un quinquennat pour rien

    Lundi, 08 Mai 2017

     

    NB : ce bref article a été écrit pour être publié dans une revue amie, dont les lecteurs ne sont pas a priori des familiers de l'ESS. Je pense reprendre et développer chacun des points qui le composent.

    L'Économie Sociale n'aura guère fait parler d'elle au cours de la longue et tumultueuse campagne présidentielle qui vient de s'achever. Certes, nombre d'autres secteurs, même les mieux organisés autour de puissants groupes d'influence (logement, environnement, santé, Université...) peuvent à juste titre émettre de semblables doléances, tant il est vrai que les candidats, bien qu'abreuvés d'interpellations catégorielles, en sont restés aux généralités et aux invectives. Mais dans leur cas, le mal n'est pas bien grand ; ils reviendront tout naturellement au devant de l'actualité. En revanche, pour l'Économie Sociale, c'est une double déception. Elle sort en effet du précédent quinquennat moins comprise, moins considérée, moins influente qu'elle n'y était entrée ; elle pensait pouvoir compter sur la campagne pour se relancer, pour servir d'ossature à divers projets politiques de renouvellement, de "sortie de crise". C'est raté.

    Revenons à la situation qui prévalait en 2012. L'ensemble des régions (toutes étaient alors à gauche, sauf l'Alsace) avaient fait de l'Économie Sociale un élément central de leur programme. Les CRESS (chambres régionales de l'Économie Sociale et Solidaire), partout en pleine croissance, en étaient les partenaires privilégiés ; ça et là, des départements et des grandes villes s'étaient joints au mouvement. L'arrivée des socialistes au pouvoir laissait penser à certains qu'un progrès décisif au niveau national était désormais à portée de main ; c'est ce qu'on a appelé le "changement d'échelle".

    Une "grande loi-cadre" avait été promise. Elle mobilisa pour sa préparation l'ensemble des acteurs du secteur, et fut votée à l'unanimité après deux années d'intenses travaux. Une seule difficulté fut rencontrée, l'opposition du MEDEF à l'information systématique des salariés en cas de projets de cession des entreprise, mesure destinée à favoriser les reprises d'activité en SCOP (coopératives ouvrières de production). Ensuite, malgré certaines craintes, la loi ne fut pas enterrée ; des décrets d'application sortirent, lentement certes, mais ils sortirent.

    Cependant, une loi même votée à l'unanimité ne fait pas plus le printemps qu'une hirondelle, et le changement d'échelle tant attendu resta une vaine incantation. Benoît Hamon, qui avait porté la loi en tant que Ministre, ne s'en prévalut guère et n'en fit jamais un argument de campagne. Nombre de cadres et d'élus de l'Économie Sociale, qui s'étaient visiblement trop compromis avec la gauche, durent prendre la porte lorsque les régions repassèrent à droite ; et là où les régions eurent à fusionner, le poids des CRESS diminua d'autant. Procédures et paperasse firent le reste ; ce qui réussissait grâce à la souplesse et à la proximité se perdit en bureaucratie et en recentralisation.

    Une des innovations majeures de la loi devait permettre d'étendre le champ de l'Économie Sociale, jusqu'ici limité aux "quatre vieilles" (coopératives, mutuelles, associations et fondations), à des entreprises "ordinaires", c'est à dire pourvues d'actionnaires et de patrons non salariés, à condition que celles-ci fussent "sociales", selon un certain nombre de critères que les CRESS étaient chargées d'administrer. On attendait monts et merveilles de ces glorieuses fiançailles entre l'entrepreneuriat et l'intérêt général, une profusion d'emplois, de richesses et bien entendu d'histoires édifiantes propres à faire naître des vocations de philanthrope en chaque étudiant de grande école de commerce. Bien entendu, rien de tout cela n'advint. La maigreur des résultats, rapportée au lyrisme des ambitions affichées, a quelque chose de très cruel, mais aussi de salutaire : de nous rappeler aux principes fondamentaux.

    Un premier principe, c'est que l'Économie Sociale ne peut exister, et apporter ses bienfaits à la société, que si elle est pleinement autonome. Trop d'attentions des Pouvoirs Publics, loin de l'aider, ne peuvent que l'étouffer. Même quand les intentions des politiques sont les meilleures du monde (et ce n'est pas toujours le cas !), elles ne font que se retourner contre leurs objectifs généreux.

    Et un second principe, c'est que l'Économie Sociale, qui est un mode d'organisation particulier de la production et des échanges, concerne l'ensemble de la population et l'ensemble des courants de pensée qui participent de son Histoire. Et qu'à trop vouloir ne l'associer qu'à un parti, voire à un courant de parti, on la dénature, on la coupe d'une large partie de ses racines naturelles, on la travestit, on l'affaiblit et finalement on fait le jeu du libéralisme pur et dur.

     

     

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  • Le Yin et le Yang

    Dimanche, 15 Janvier 2017

    Notre époque est-elle devenue à ce point régressive que seules les pensées les plus stupidement binaires peuvent s'y exprimer ?

    Ainsi, identité et universalité sont aujourd'hui systématiquement et haineusement opposées.

    Identité, traditions, racines, voilà qui est rance, nauséabond et passéiste ; ouverture, diversité, mobilité, voilà qui est moderne, positif, jeune et innovant. Ajoutez-y inclusivité et résilience, et vous aurez le ticket gagnant complet.

    Mais de quelle nature est donc ce blocage mental anténéandertalien qui exclut d'avance toute tentative de synthèse ? Le bon sens, et quelques notions d'Histoire, suggèrent pourtant à l'évidence que les notions d'identité et d'universalité sont complémentaires, qu'elles s'appellent l'une l'autre, et que seul un savant composé des deux permet de dessiner la route du bien commun. Je laisse le soin aux professeurs de philosophie de me dire si ce principe date d'Aristote, comme tant de vérités qu'on s'ingénie de nos jours à oublier ou à piétiner, ou si des précurseurs l'ont énoncé encore plusieurs siècles auparavant.

    En matière d'économie, la transcription est claire.

    Au rebours de l'entrepreneuriat schumpétérien "pur et dur", qui justifie (et glorifie) une incessante nécrophagie tant économique que sociale, sur le modèle biologique de la matière vivante se nourrissant de matière vivante, et au rebours d'une certaine économie publique qui entend assurer aux mammouths une survie éternelle, quel qu'en soit le prix à payer, l'économie sociale tente justement un nécessaire compromis entre une identité à préserver, qu'elle soit de métier, de territoire ou de bassin de population, et l'intégration permanente de nouveaux apports, humains, technologiques et commerciaux, venus d'ailleurs.

    Mais c'est au prix de règles de fonctionnement solidaires où les devoirs priment les droits.

    Que l'on oublie cela, ou que l'on cède à l'air du temps en faisant passer systématiquement l'universalité avant l'identité, alors l'économie sociale se dégrade rapidement en chimère, prenant l'allure d'un bâtard adultérin de ce que le capitalisme et la bureaucratie d'État peuvent chacun présenter de pire.

     

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  • Vœux récurrents, circulaires et recyclés

    Vendredi, 30 Décembre 2016

    Chers correspondants, chers amis,

    Voici que, comme à chaque année nouvelle, un agenda également neuf succède à son prédécesseur, lequel se voit offrir le choix, selon les mœurs de son propriétaire, entre l'archivage, la déchetterie ou l'abandon pur et simple. La roue tourne, comme la planète... mais c'est la routine ! les mêmes scènes se rejouent à l'identique, avec toujours la même dominante de banalité cachant mal un lourd pessimisme. Qu'il s'agisse ou non d'économie sociale, l'inquiétude suppure et le noir se broie. Puisqu'il en est ainsi, osons la brutalité de l'espérance !

    Ce que je vous souhaite à toutes et à tous, c'est ce que j'aimerais pouvoir souhaiter à tous les grands princes et autres petits marquis qui nous gouvernent, ou qui pensent gouverner une parcelle de notre autonomie perdue, c'est que je ne me souhaite pas mais que je cherche à exiger de moi-même, à savoir la capacité de garder son sang-froid et de penser avec lucidité. Certes, c'est souvent difficile, voire exceptionnel, en ces temps où le mimétisme, le premier ressenti ou la plate conformité s'imposent à tous, en tous temps et en tous lieux. C'est quasiment héroïque ! et donc d'autant plus nécessaire.

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  • Après toutes ces élections, en attendant les prochaines

    Mercredi, 30 Novembre 2016

    L'actualité politique de ces dernières semaines aura complètement occulté le "Mois de l'économie sociale", qui ne s'en relèvera sans doute pas. Elle aura également accentué cette impression de naufrage de la pensée que beaucoup ressentent. Les projets rationnels et construits, les idéologies nourries d'Histoire ont cédé la place à des mots interchangeables, confus et vides de sens, dont le martèlement incessant ne fait que renforcer l'indifférence de ceux qu'ils sont supposés convaincre.

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  • France must simplify to survive the modern world

    Jeudi, 25 Février 2016

    "France must simplify to survive the modern world", c'est le message de détresse que m'a récemment envoyé un ami franco-mauricien, ancien chef d'entreprise et par ailleurs président d'une association dont je m'honore d'être membre. Je connais son tropisme libéral, et les coups de gueule contre la bureaucratie envahissante lui sont coutumiers. Mais cette fois, il n'en avait pas à l'administration fiscale ni à l'inspection du Travail ; son courroux teinté de désespoir s'adressait à sa propre Fédération. C'est de l'intérieur du mouvement associatif, hors de toute contrainte étatique, hors de toute obligation légale ou de toute pression venant de l'extérieur, en toute autonomie donc, que croissait et embellissait la pieuvre paperassière, dardant ses tentacules toujours plus puissantes dans les recoins les plus reculés du fonctionnement intime de chaque unité fédérée.

    Il semble en effet régner partout une règle non écrite qui veut que toute mesure de simplification soit automatiquement compensée par deux nouvelles règles de complication. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que ce tropisme pervers touche aussi l'économie sociale. Celle-ci s'est en effet dotée de chartes et de principes à tiroirs, tous irréprochables, mais la simplification n'en a jamais fait partie. Hélas !

    Et pourtant, ce ne serait que cohérence.

    Que sont en effet, dans les déterminants du comportement élémentaire de la personne humaine, que ces propensions récurrentes aux métastases bureaucratiques ? Rien d'autre que le fonctionnement en roue libre, hors de tout contrôle, du besoin naturel (que chacun ressent plus ou moins vivement) de faire de l'ordre, de ranger et de nettoyer autour de soi. Lorsque cet ordre, ce ménage domestique, a atteint un niveau satisfaisant, et que la dynamique du rangement se poursuit néanmoins, de manière plus ou moins compulsive, elle se met à tourner à vide, ne sert plus à rien et fabrique de la bureaucratie superflue. Cela s'observe partout, dans la vie privée comme dans celle des organisations.

    Mais la maîtresse de maison qui gère et sur-gère ainsi l'ordonnancement de son salon ne fait de tort à personne, tout au plus impose-t-elle ses manies à son entourage immédiat. Il n'en est pas de même lorsque la multiplication des procédures ne concerne plus seulement des objets, mais des personnes. Elle s'accompagne alors de la volupté du pouvoir, et il ne peut plus suffire d'un appel au bon sens, d'une franche explication ou d'un début de thérapie pour en venir à bout. Il y faut explicitement une intervention de contre-pouvoirs légitimes et efficaces.

    Dans l'administration, dans le monde politique, on sait que ceux-ci sont difficiles à trouver. Dans l'entreprise, la pression du client et de la rentabilité devraient suffire, du moins la théorie le veut ainsi... mais pas toujours la pratique, et cela nous a valu ici Courteline, là Auguste Deteuf. Mais dans l'économie sociale, qu'en est-il ? À la fois entreprise et "société de personnes", il lui arrive de cumuler les faiblesses et inconvénients des deux. Parfois, c'est le management salarié qui, cherchant à asseoir et à légitimer son pouvoir, produit de la bureaucratie au kilomètre, et les administrateurs laissent filer pour avoir la paix ; parfois, c'est le Président lui-même qui, pour des raisons diverses où l'orgueil contrarié tient toujours une grande place, impose à la structure un corset de règles qui lui permet un contrôle de tous les instants et le conforte dans sa démarche d'appropriation du bien collectif. Dans tous les cas, c'est le contre-pouvoir du sociétariat qui n'a pas joué.

    Or les statuts, les chartes et autres litanies de "valeurs", ne constituent que l'enveloppe, l'habit de l'économie sociale. Son squelette, son moteur, c'est le sociétariat. C'est à lui qu'il revient de s'assurer qu'en toutes circonstances la poursuite de l'intérêt collectif n'est pas obérée ou alourdie par des procédures superflues qui ne servent qu'à nourrir l'ego de quelques-uns. C'est à lui de veiller à ce que la transparence, la subsidiarité, les relations de confiance et l'esprit de responsabilité l'emportent toujours sur la tentation paperassière. C'est à lui de définir et de maintenir un équilibre optimal entre les coûts de la gestion et l'utilité qui en résulte. Il peut le faire, mieux qu'une assemblée d'actionnaires ou qu'un aréopage de fonctionnaires, en raison de sa double qualité qui fait de lui à la fois le propriétaire et l'opérateur.

    À l'aune de la simplicité, et donc à celle de la simplification, l'économie sociale devrait toujours se montrer plus efficace que l'économie publique ou l'économie actionnariale. Ce devrait être pour elle une vertu cardinale, reconnue partout et par tous. Quand il n'en va pas ainsi, c'est que l'apparence a pris le pas sur la raison d'être ; et c'est une grave perversion de la nature même de l'économie sociale.

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  • Mixité sociale

    Jeudi, 01 Octobre 2015

    Mixité voulue, mixité subie, mixité encouragée voire rendue obligatoire par les politiques publiques, on conviendra aisément qu'il s'agit là de trois réalités distinctes qu'on ne peut confondre.

    Mais avant tout, il ne peut y avoir mixité que s'il y a conservation des différences d'origine. Mettre dans une même école des garçons et des filles, c'est rendre cette école mixte ; mais si on a préalablement transformé chaque enfant en un être unisexe, il n'y a plus mixité, mais simplement addition de deux entropies. La question est alors de savoir si le fait de mettre ensemble garçons et filles va contribuer, ou non, à gommer les différences entre les sexes ; autrement dit, si la mixité va progressivement tuer la mixité, ou si cette mixité peut être conçue comme un instrument pour atténuer, voire faire disparaître, les différences.

    C'est assurément ce dont sont convaincus divers groupes de pression qui ne voient les différences que comme des inégalités, et les inégalités comme autant de scandales. Souvent, ce sont les mêmes qui affirment que les différences ne sont que de culture et qu'il n'y a pas de vraies différences de nature ; que l'on rompe la reproduction des rapports de domination des uns sur les autres, et les inégalités cesseront, entraînant avec elles la fin des différences. Et la mixité généralisée est le premier moyen pour y parvenir.

    Mais ces bourdieuseries tournent vite en trissotinades. À force de nier les différences de nature, comment continuer à parler de mixité ? Dès lors que tout est pareil, que tout se vaut, il devient suspect et parfois interdit de même nommer les éléments qui, une fois mélangés, vont constituer cette mixité tant réclamée, tant louangée, qu'on en oublie qu'elle n'est pas conceptuellement séparable des différences qui en font la substance.

    Toute l'absurdité de ce vocabulaire, qui se veut aussi exclusif et aussi intégriste que sont étroites et rigides les mentalités qui le portent, transparaît dans cette exigence de mixité sociale devenue désormais une ardente obligation qu'on ne saurait discuter. Et où on ne sait donc plus distinguer ce qui relève de la recherche d'un équilibre social de bon aloi de ce qui relève d'affleurements pervers de relents bourdivins.

    Pourtant, la mixité tout court, lorsqu'elle rompt d'anciennes ségrégations dont la raison d'être n'est plus perceptible ou a perdu toute pertinence, peut avoir et a effectivement eu des effets heureux. Je ne me sens pas la compétence de parler de l'école ; je me limiterai à une image plus anecdotique, mais riche de sens, celle des salons de coiffure.

    Quel intérêt, social ou anthropologique, pouvait-il y avoir à ce que les hommes soient coiffés et rasés par d'autres hommes dans des salons réservés aux hommes, et que les dames le soient par d'autres dames dans des salons réservés aux dames ? C'était pourtant ainsi. Et quand le verrou a sauté, cela s'est fait en très peu de temps, et personne n'a regretté l'ordre ancien.

    Aucun gouvernement n'y a été pour rien. Il n'y a eu ni loi, ni directive européenne, ni campagne de communication institutionnelle. Rien. Tout s'est fait naturellement, et la société y a gagné un lieu de convivialité et d'apaisement. Sans qu'en rien la différence des sexes ne soit réduite. Ah, quand les politiques et les idéologues sont hors jeu, tout se passe quand même bien mieux !

    De même que les pubs anglais et les tavernes québécoises étaient jadis interdits aux femmes... qui en sont désormais les piliers les plus solides. Il est vrai que, là, il a fallu faire évoluer quelques règles, lesquelles avaient d'ailleurs un fort substrat religieux. Mais néanmoins point de bourdieuserie.

    La mixité dite sociale, lorsqu'elle devient l'instrument de politiciens, n'a plus hélas ces vertus. Elle est chargée de toutes les pollutions. Déjà, son nom résonne mal ; comme il est indécent de parler de mixité ethnique, on ne peut plus mettre en avant que des disparités de revenus ou de richesse, ce qui a contraint maints organismes d'HLM à choisir entre l'inefficacité et l'illégalité. Un peu de bon sens très basique suffit pourtant pour comprendre, que ce soit à l'échelle d'une ville, d'un quartier ou d'une cage d'escalier, que les ghettos sont une calamité, qu'un peu de mixité apporte de la stabilité et de la sécurité, mais que trop de mixité forcée produit l'effet inverse.

    Le désir de rester "entre soi" est humain et légitime. S'il est trop exclusif, cela devient pervers et dangereux. Mais si des lois, des objectifs chiffrés, une administration tatillonne et toute une doxa bien-pensante viennent le limiter et le vilipender, le résultat n'en est pas moins fâcheux, sans compter que l'acharnement à mélanger plus riches et moins riches n'a jamais réduit l'éventail des revenus.

    Je termine ce rapide tour d'horizon, comme à l'accoutumée, par un retour sur l'économie sociale. Ceux qui s'en sont faits les porte-parole constituent un milieu fort homogène sur bien des plans. Les exhortations à la mixité sociale y sont fréquentes, mais on ne l'y pratique guère. Ce serait pourtant salutaire. Un peu de diversité, un peu d'ouverture y feraient le plus grand bien.

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  • Les chiffres sur l'économie sociale : encore du chemin à faire !

    Jeudi, 24 Septembre 2015

    Je reprends ici l'essentiel des trois courtes interventions que j'avais présentées le 24 mars 2015 lors du 26ème colloque de l'ADDES. Il m'avait été demandé de pointer, en contrechamp de chacune des trois parties du colloque, les "bons et mauvais usages" des chiffres. Si la tonalité générale des débats était empreinte d'optimisme, il n'aura pas échappé à une oreille avertie qu'il y aurait grand danger à croire la partie gagnée. Les jugements et les comportements qui ont, depuis les origines, entravé et compromis les efforts engagés pour produire de bonnes statistiques sur l'économie sociale sont toujours à l'œuvre : mauvaise appréciation des enjeux, absence de maturité technique, retard à se doter des compétences nécessaires. Néanmoins, ne noircissons pas trop le tableau : il y a eu des progrès, et nous sommes légitimés à en revendiquer une certaine part. C'est déjà ça de pris !

    Première intervention : la production de chiffres

    Il existe de mauvais usages des chiffres. Cela se constate partout, dans tous les domaines, et ce n'est pas une raison pour les accepter dans l'économie sociale. Après tout, pourquoi ne serions-nous pas un secteur modèle où le chiffre serait mieux utilisé qu'ailleurs ? C'est un objectif que nous pouvons raisonnablement poursuivre.

    Dans cette partie de mon intervention, je vais parler de la production du chiffre par la statistique publique et voir quelle peut être la responsabilité du producteur dans les mauvais usages qui sont ensuite faits de ces chiffres. Je ne parlerai donc pas, dans cette première série, des utilisateurs, mais uniquement du système statistique public, c'est-à-dire de l'INSEE.

    L'économie sociale doit savoir se compter pour pouvoir se faire entendre, et se compter de manière sincère et véritable, tel est le message que nous martelons depuis 35 ans. Ces 35 ans ne se sont pas déroulés de manière uniforme.

    Jusqu'en 1988, l'INSEE apportait un concours permanent et de premier niveau aux activités de l'ADDES. Cela s'est arrêté en 1988 et cette situation a duré une vingtaine d'années, période pendant laquelle l'ADDES a continué son chemin seule, l'INSEE étant quasiment aux abonnés absents.

    Un changement a eu lieu en 2008, avec la publication de chiffres de l'année 2006. Cette année-là donc, l'INSEE accepte de diffuser sur son site officiel des chiffres de l'économie sociale, qui reçoivent dès lors l'estampille officielle. C'était une rupture forte, et nous l'avons vécue comme un progrès significatif.

    Ceci étant, au point de vue méthodologique, il ne s'agissait et il ne s'agit toujours que de croisements entre la catégorie juridique et l'activité économique regroupée, à partir de bases de données qui sont, en l'occurrence, les DADS refondues dans le système CLAP. Excusez les acronymes ; je vous renvoie au site de l'INSEE pour en savoir plus.

    Je considère que, pour ce qui est de la production de données sur les comptes et la valeur ajoutée, les choses ne sont pas mûres, et je ne veux pas aborder ce point aujourd'hui. Je veux en rester simplement à ces tableaux croisés : catégorie juridique et activité économique.

    Cela satisfait, pour une large mesure, les besoins régionaux. Pour l'instant, l'INSEE n'a guère été sollicité qu'au niveau des régions. En effet, ce n'est qu'à ce niveau qu'il existe un début de politique publique en faveur de l'économie sociale. Il n'y a donc pas lieu de considérer que l'information en elle-même est insuffisante, même si des attentes se font jour pour des données conjoncturelles, des données permettant de mieux saisir les évolutions de court terme.

    Cependant, cela ne doit pas nous empêcher de constater que, sur ces notions de catégorie juridique et d'activité économique, il existe des défauts que nous avons signalés depuis très longtemps, pour certains depuis plus de 30 ans. Ces défauts existent toujours, et n'ont pas été résolus.

    En ce qui concerne la catégorie juridique, l'essentiel de la critique porte sur la description des coopératives. Les chiffres diffusés par l'INSEE conduisent à environ 300 000 salariés dans les coopératives. Il s'agit des unités répertoriées avec un statut juridique de coopérative. Il en existe une liste assez longue, et aucune distinction n'est faite dans leur total et c'est dommage, car coopérative de salariés, coopérative d'utilisateurs et coopérative d'entrepreneurs, ce n'est pas la même chose. Cela gagnerait beaucoup à être distingué.

    En ce qui concerne les coopératives d'entrepreneurs, c'est là que le bât blesse le plus puisque la statistique ne tient pas compte des filiales contrôlées par les coopératives, lesquelles font, pour les chefs d'entreprise, intégralement partie de leur périmètre. En consolidant avec ces filiales de droit commun, on aboutirait à un chiffre plus proche de 600 000 salariés que de 300 000.

    Les organisations coopératives vont plus loin. Elles dessinent un troisième périmètre qui revient à consolider, avec les coopératives d'entrepreneurs, chacune des entreprises adhérentes, sociétaires de leur coopérative. Cela nous conduirait à un chiffre de 1 million de salariés. C'est sur ce chiffre de 1 million de salariés que Coop FR communique.

    Nous avons donc un chiffre de 300 000 affiché, un chiffre de 1 million sur lequel les coopératives font leur communication et un chiffre intermédiaire de 600 000 qui est d'une grande pertinence. Cette situation est absolument anormale. Trancher est difficile mais, dans l'attente, il me paraît urgent d'être capable de publier trois colonnes avec les explications nécessaires. Autrement, la statistique est illisible et les mauvais usages sont quasiment choses obligées, fatales.

    Après les catégories juridiques, je dois dire un mot des activités économiques.

    L'économie sociale ne peut pas se réduire à la seule description de son activité économique. Par ailleurs, les codes de la nomenclature de l'activité économique n'ont jamais été conçus pour décrire correctement l'économie sociale. Il existe donc une frustration du fait que des catégories auxquelles on est habitué quand on parle d'économie sociale ne puissent se retrouver simplement dans une nomenclature d'activité. Je pense, par exemple, à l'éducation populaire ou au tourisme social.

    Ceci serait un moindre mal, mais le mal le plus important réside dans le fait que les zones de la nomenclature où les codes sont le plus mal renseignés concernent justement les institutions sans but lucratif. Il est clair que nous comptons énormément sur l'enquête Associations qui vient de vous être décrite pour mettre davantage d'ordre dans cette situation.

    Il est important en particulier que toutes les associations ayant le même objet se retrouvent dans le même poste de la nomenclature, par exemple que toutes les ADAPEI soient classées ensemble, que toutes les UDAF soient classées ensemble et ainsi de suite.

    La partie la plus problématique est la persistance, au sein de la statistique, d'un poste significatif de non classés. Je ne veux pas entrer dans le détail de l'historique, mais je considère que cela a toujours constitué un très gros handicap pour la lecture des statistiques. Pour illuster ce fait, je veux vous faire part d'un contrôle que j'ai réalisé récemment sur 22 grosses associations qui étaient mal classées en 2004, dernière date à laquelle j'ai été en mesure de tirer des listes complètes selon les différentes catégories d'activité. J'ai constaté avec plaisir que 14 d'entre elles ont régularisé leur situation mais 8 sont toujours dans le toujours dans le rouge, et c'est 8 de trop.

    Au tableau d'honneur, j'ai sept associations réintégrées dans l'action sociale : les jeunes handicapés du Tarn, l'association Montjoie, la Dunkerquoise de gestion d'équipements sociaux, l'ADAPEI du Puy-de-Dôme, la prévention des addictions, la Fondation patronage Saint-Pierre et l'UDAF des Landes. Ces sept structures, qui font plusieurs milliers d'emplois, sont heureusement réintégrées dans l'action sociale d'où elles n'auraient jamais dû sortir.

    Deux associations sont dans le tourisme social, l'une à Thionville est correctement reclassée. L'autre, c'est plus compliqué, l'Union française des centres de vacances loisirs n'est plus dans les divers non classés mais se trouve dans les enseignements sportifs, ce qui ne correspond pas à son activité et montre la difficulté de faire rentrer les associations, même lorsque l'on sait parfaitement ce qu'elles font, dans le code d'activité. L'OGEC de Vendée, de la même façon, n'est pas classé dans l'enseignement, mais dans la mise à disposition de personnel, ce qui pose un problème. La ligue de l'enseignement, qui n'était nulle part, se trouve réintégrée, mais en tant qu'organisation professionnelle, ce qui risque tout bonnement de la maintenir en dehors de l'économie sociale.

    Enfin, trois organismes qui étaient dans l'économie sociale en sont heureusement sortis avec le reclassement dans une nouvelle activité : la fédération nationale des HLM, l'association des Maires de France et le Parti Communiste Français.

    Maintenant, au banc d'infamie, je suis désolé de devoir les citer, la Fondation de France, la Fédération Nationale Léo Lagrange, la Fédération Française des MJC (celle de la rue Hermel, parce qu'il y en a plusieurs fédérations concurrentes), l'ADAPEI des Pyrénées-Orientales (nous avons vu qu'une ADAPEI a été correctement reclassée mais une autre est restée dans la poubelle), la Prévention Routière, la Société Protectrice des Animaux, l'UDAF du Loiret (toutes les UDAF ne sont pas traitées de la même manière) et, en dernier, le Fonds National, qui est classé en "activités associatives diverses" et qui appartient de ce fait, au moins par la statistique et j'en suis désolé, à l'économie sociale.

    Seconde intervention : les territoires

    Mon premier point sera une conclusion de vos propos : c'est vraiment la nécessité de disposer de niveaux élémentaires plus fins que les régions. Sur le site de l'INSEE, on a un tableau de chaque type par région, c'est bien, mais on sent que ce n'est pas forcément le niveau le plus pertinent, en tout cas pas celui qui permet des analyses fines.

    Les bonnes vieilles zones d'emploi me rappellent des souvenirs émus. Le défaut de ces zones d'emploi a toujours été que c'est un excellent zonage d'études, mais que cela ne correspond pas à un zonage décisionnel. Si nous voulons fournir des indicateurs pour les politiques d'emploi qui se mettent en place dans les territoires, il faut fatalement sortir des zones d'emploi.

    Par ailleurs, vous savez que nous sommes actuellement dans une très grande incertitude quant à savoir ce que seront les découpages territoriaux demain. Toutes les hypothèses sont actuellement émises. Des think tanks, comme on dit aujourd'hui, émettent les hypothèses les plus farfelues en apparence mais, finalement, peut-être très vraisemblables. Il est certain qu'il faudra pouvoir reconstituer des zones à la demande de façon très souple. Je l'ai dit tout à l'heure pour les activités, c'est encore plus vrai pour le zonage géographique. Il faut imaginer d'aller vers un infocentre. C'est peut-être encore chimérique, mais je crois que c'est indispensable.

    Comme l'a souligné un intervenant, quand on est à un "mauvais" niveau, on est fatalement amené à tirer de mauvaises conclusions. Cela a toujours été ainsi et cela risque de continuer si on ne dispose pas de ces zonages à la demande.

    Deuxième point, il existe un certain paradoxe à constater que, très souvent, l'économie sociale est surreprésentée dans les zones déshéritées et, corrélativement, sous-représentée dans les grandes métropoles. Ce n'est pas forcément paradoxal, mais c'est à prendre en considération.

    On ne peut pas faire l'éloge d'un territoire parce que l'économie sociale y est très représentée. C'est souvent le signe que, par ailleurs, ce territoire est soumis à de très gros problèmes de désertification.

    Dernière chose, dès que l'on parle de territoires, on pense à les comparer. Et dès lors que l'on veut comparer, la question de la qualité des chiffres se pose de façon cruciale. L'un des principaux mauvais usages des chiffres, c'est la validité des différences que l'on croît déceler alors qu'elles ne sont pas significatives.

    Je n'aime pas toujours ce que font les Américains, du moins il m'arrive souvent de les critiquer, mais ils ont au moins une qualité : vous ne pouvez pas publier un article dans une revue américaine si vous n'associez pas à chaque chiffre que vous présentez un test de validité. Sinon, votre article est refusé. Ce n'est pas une culture que nous avons forcément en Europe, c'est dommage. Pourquoi l'économie sociale ne serait-elle pas un pionnier en la matière ? Il faudrait que nous soyons capables, à chaque fois que nous affichons un chiffre, de donner une idée de sa précision, de sa qualité et, surtout, lorsque nous comparons deux chiffres, de pouvoir dire si l'écart entre les deux est significatif, si tel territoire est réellement mieux pourvu en telle ou telle activité que tel autre.

    Je sais que la batterie usuelle des tests que l'on enseigne dans les écoles ne permet pas de répondre d'emblée à toutes les questions et que, surtout, lorsque l'on a des effectifs importants, l'utilisation des tests conduit immanquablement à accepter comme significative n'importe quelle différence. Mais tout est affaire de bon sens et cet écueil est surmontable.

    Si ces tests dits classiques ne répondent pas à la bonne question, c'est parce qu'on les utilise à tort et à travers et que l'on ne distingue pas la réelle information importante, celle sur laquelle il faut faire porter les vérifications, du bruit qui les entoure. Sur ce point, je ne vais pas me lancer dans des discussions techniques maintenant, mais en restant simple, je considère, par exemple, lorsque l'on a une distribution de salaires, que les points importants sont les déciles, éventuellement quelques percentiles extrêmes, et non chaque observation prise individuellement. Cela nous conduit à faire des comparaisons sur 9 ou sur 15 points. Et cela, n'importe quel Wilcoxon, ou Kruskal-Wallis, ou autre,suffit très bien à obtenir des conclusions sans appel. Tout est possible, il faut s'astreindre à le faire.

    Troisème intervention : l'emploi

    Que reste-il à dire sur les mauvais usages en matière d'emploi salarié et de travail bénévole ? Une tautologie d'abord : il ne peut pas exister d'emploi non salarié dans l'économie sociale. Cela paraît idiot, mais quand on voit des effectifs de non-salariés dans un tableau par catégorie socioprofessionnelle des emplois dans l'économie sociale, cela ne peut provenir que d'erreurs de chiffrement. Il faut les corriger comme tels, et ne jamais conserver ce genre d'absurdité.

    La principale difficulté, en ce qui concerne l'emploi salarié, c'est que l'emploi ce n'est pas la même chose pour tout le monde. L'emploi pour une personne, c'est la réponse à la question : ai-je du travail, un bon travail, cela me suffit-il pour vivre, en suis-je content ? Sinon ce ne sera qu'un "petit boulot". L'emploi pour l'employeur c'est sa masse salariale, petits boulots compris. L'emploi pour la société, c'est l'ouverture de droits au chômage. L'emploi pour l'économie c'est le volume du "facteur de production travail" disponible à un instant donné. Tout cela, ce sont quatre grandeurs, voisines en première approche, mais parfois assez différentes. Il n'existe aucune raison, me semble-t-il, pour que, dans l'économie sociale, ces différences se ressentent mois que dans l'ensemble de l'économie.

    Il existe donc toujours un éclatement du concept d'emploi salarié en quatre directions divergentes. Lorsque l'on parle d'emploi, deux personnes ne parlent pas forcément de la même chose et ne se comprennent pas forcément, d'où une source de mauvais usage des chiffres.

    En ce qui concerne l'économie sociale, il existe un problème, cela a très bien indiqué tout à l'heure : il faut distinguer entre l'emploi dont on se félicite, ce qui correspond au développement de l'activité, et l'emploi que l'on déplore car ce n'est que la conséquence du développement de la précarité, de la pauvreté, de l'effectif du public à secourir. On n'est pas forcément content quand l'économie sociale se développe uniquement du fait d'un nombre croissant de gens à secourir. On préférerait qu'il y en ait moins. Il faut donc pouvoir distinguer entre une "bonne" et une "mauvaise" croissance de l'emploi. Or cela n'apparaît pas dans les statistiques, où l'on mélange le personnel permanent de certaines structures et le public aidé sous forme salariée. C'est vrai pour l'insertion aujourd'hui et cela a toujours été vrai pour l'aide par le travail. C'est un gros problème.

    Je partage la frustration que beaucoup ressentent à l'élimination des postes annexes dans les DADS, car ceux-ci sont particulièrement intéressants pour l'étude de l'économie sociale. Dans certaines activités, certains métiers comme les intermittents du spectacle, c'est la réunion de nombreux postes annexes qui fait l'emploi en lui-même, procure les revenus qui permettront aux personnes de vivre.

    J'ajouterai le problème de la saisonnalité, particulièrement intéressant à étudier. On évacue complètement ce problème quand on élimine les postes annexes. Il se trouve que c'est en juillet août qu'il y a le plus d'emplois. Les gens qui sont en vacances ont gardé leur emploi, ceux qui les remplacent font des emplois en plus, et tous les emplois de vacances font que c'est au moment où l'économie s'arrête que le niveau d'emploi est plus élevé, ce qui est en apparence paradoxal.

    Je reviens sur mes premiers propos concernant les catégories juridiques. Il est très dommage que l'on n'ait pas la possibilité de distinguer, dans les SCOP, les salariés coopérateurs des salariés non coopérateurs, car cela a son importance, et d'isoler les CAE, ces structures particulièrement intéressantes et curieuses par leur nature, les SCIC également. Pour toutes ces catégories juridiques, nous n'avons pas de suivi régulier, et c'est très frustrant.

    Pour ce qui est du bénévolat, je suis moins spécialiste de la question que certains, mais tout aussi curieux qu'eux. Il existe un besoin d'information sur le bénévolat car il faut des données pour esquisser un modèle de production des structures qui y font appel, pour comprendre comment elles fonctionnent, qu'il s'agisse des membres du conseil d'administration ou de travail productif proprement dit.

    Ceci étant, nous sommes face à un grave problème de perception. J'entends dire par les uns que le bénévolat ne s'est jamais aussi bien porté, que de plus en plus de gens sont volontaires pour donner leur temps et, de l'autre côté, que l'on ne trouve plus personne, que c'est la catastrophe, que les postes ne peuvent pas être renouvelés. On entend des propos semblables à chaque élection municipale dans les petites communes, pour trouver les candidats au Conseil municipal et au poste de maire. Pourtant, il y en a toujours. Je pense qu'un peu d'information dure et objective ne ferait pas de mal, mais il faut ici faire attention car on est aux limites de la statistique et du contrôle de la vie privée.

    Le bénévolat est à la fois l'analyse de l'engagement privé et l'analyse d'un facteur de production, et relève donc aussi bien de la statistique démographique et sociale que de la statistique d'entreprise, avec leurs sources de nature bien différente.

    Pour terminer, ne faisons pas d'angélisme, personne n'en a parlé mais le bénévolat, c'est également le travail dissimulé, non déclaré, le travail clandestin et l'emprise sectaire, et tous les problèmes qui viennent avec. Le statisticien ne peut pas ramener l'un, et pas l'autre avec, dans son épuisette. C'est important.

    En codicille :

    Parmi les questions et commentaires de la salle, j'ai reçu une objection sur laquelle je crois bon de revenir. Une responsable de structure d'insertion s'est crue attaquée par mes propos regrettant que l'on ne sache pas distinguer les effectifs des personnels encadrants et ceux des personnels secourus. - Mais nous savons très bien ce qui se passe chez nous, affirmait-elle avec véhémence. Eh bien sachez, chère Madame, que j'en ai toujours été absolument convaincu. Et ce qui est vrai pour vous doit l'être tout autant pour de nombreux autres types de structures d'économie sociale également concernées par l'opacité des statistiques. Car tout se passe comme pour un ramassage de poubelles mal organisé : chacun trie bien ses déchets et se persuade d'avoir fait œuvre citoyenne. Mais si dans le camion tout est remélangé, au bout du compte c'est comme si personne n'avait rien trié. Nous en sommes là. Voici des lustres, des décennies que je dénonce cet état de choses !

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  • Allons-nous vers une guerre des âges ?

    Jeudi, 03 Septembre 2015

    Un exercice de prospective démographique :
    allons-nous vers une guerre des âges ?

    Je livre à votre réflexion un article écrit il y a plus de quinze ans, issu de réflexions accumulées au cours de la période allant de 1996 à 2000. Il a connu une petite diffusion au cours de l'été 2000, dans plusieurs versions. Puis je l'ai utilisé comme canevas pour diverses conférences, et j'ai jugé à l'époque qu'il fallait encore laisser le sujet mûrir.

    Pourquoi le ressortir maintenant ? Eh bien, pour dire vrai, je pensais bel et bien l'avoir perdu, et je me promettais de tenter un jour de le ré-écrire. Mais comme ce genre de projet est sans cesse remis au lendemain, quinze ans ont passé. Or voici qu'en faisant de l'ordre dans de vieilles disquettes, j'en ai retrouvé une version, qui n'est sans doute pas la plus aboutie, mais qui a l'immense mérite d'exister. Je n'y ai rien modifié, sinon l'ajout d'un sommaire et de quelques notes contextuelles qui apparaissent en bas de page.

    Le voici en PDF (38 pages), livré pour vous en pièce jointe. Une nouvelle vie commence pour lui ! Vos remarques, même précoces, sont d'ores et déjà les meilleures venues.

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  • Origines doctrinales de la Coopération française

    Mercredi, 22 Avril 2015

    Origines doctrinales de la Coopération française
    (cours sur la Coopération prononcé en Faculté de Droit de Nancy, le 19 février 1936, par M. François de Menthon).

    À l'origine de la pensée coopérative en France se détachent les prophéties de Fourier. Le besoin de classification a fait ranger Fourier parmi les socialistes français de la première moitié du 19ème siècle. Nous croyons cette étiquette de socialiste assez discutable. Ce qui est certain, c'est que sa pensée coopérative n'est pas seulement la transposition d'une doctrine socialiste. Fourier a esquissé une vision d'un ordre coopératif, une doctrine de l'association intégrale dont l'influence ne sera pas négligeable dans l'évolution de la pensée coopérative française.

    Après Fourier, et jusque vers 1865, coopération et socialisme apparaîtront en France comme étroitement liés. Le socialisme français est alors surtout un socialisme "associationniste" et la confusion entre les deux doctrines s'explique. Le mouvement ouvrier a une doctrine coopérative, et la coopération dans ses ébauches se confond ainsi tout naturellement avec le mouvement socialiste.

    À partir de 1865, un double changement s'opérera. Le socialisme s'orientera peu à peu, par le marxisme, vers le collectivisme, et de ce fait s'écartera assez nettement de la coopération. Vers la même époque, d'autres doctrines et d'autres milieux s'intéresseront à la coopération et exerceront sur elle des influences doctrinales étrangères au socialisme et parfois opposées.

    I – La doctrine de l'association intégrale de Charles Fourier

    Le régime sociétaire du phalanstère.

    L'association est pour Fourier le moyen de fonder la société toute entière sur l'harmonie naturelle qui doit régner entre les hommes pourvu qu'un milieu favorable permette le plein épanouissement de la liberté humaine et des passions les plus variées.

    La cellule organique de cette société idéale serait constituée par la phalange sociétaire, réunion d'environ 400 familles harmonieusement choisies, de façon à permettre le jeu normal des passions favorisant le travail, la production et la vie en commun. Le domaine de la phalange sociétaire est le phalanstère.

    À l'intérieur du phalanstère régnera la pleine solidarité de l'association intégrale ou régime sociétaire ; toute la vie, tout le travail sont mis en commun. Le phalanstère est une "association intégrale des masses de producteurs pour appuyer le travail incohérent de chacun des producteurs dont se compose la masse". Et en même temps toutes les conditions de vie se trouvent rationalisées par l'association totale des consommateurs.

    Cette doctrine de la coopération intégrale vise à grandir la production et à varier le plus possible les plaisirs. Par l'organisation du travail, et surtout en faisant du travail un plaisir, Fourier espère un accroissement inconnu, invraisemblable, incommensurable de la production. La vie sociétaire accroîtra les satisfactions dans une proportion bien supérieure encore et multipliera de façon inouïe la somme des jouissances. Les sociétaires qui auront goûté comme travailleurs les plaisirs de la variété trouveront ensuite sur les tables de la salle à manger commune 30 ou 40 plats attendant le consommateur...

    Cette "féerie sociétaire" vise à la satisfaction intégrale des passions de toute l'humanité, des pauvres comme des riches.

    Doctrine sociétaire et non socialiste.

    Car cette doctrine n'est ni égalitaire, ni socialiste. Fourier demande une répartition tripartite des revenus, au travail, au talent et au capital : répartition des bénéfices "d'après le procédé sociétaire, proportionnellement aux trois facultés industrielles, travail, talent et capital, de tous les coopérateurs actionnaires ou travailleurs". Fourier est loin d'admettre que tout le produit est dû aux travailleurs. Jamais il n'attaque la propriété, et pas même l'hérédité, ni l'intérêt du capital. Il admet l'inégalité des riches et des pauvres. Il annonce qu'il vient pour "enrichir toutes les classes de citoyens sans spolier aucune d'elles". Il juge légitimes les dividendes capitalistes les plus élevés, allant jusqu'à promettre 36% de dividendes aux actionnaires. Dans le phalanstère les classes ne seront pas supprimées, mais on aboutira à "concilier indirectement les classes antipathiques en les rendant nécessaires les unes aux autres".

    La doctrine de Fourier est bien une doctrine de l'association intégrale, disons, pour employer notre vocabulaire, une doctrine coopérative. Ce caractère apparaît aussi si l'on considère les mobiles élémentaires qui poussent Fourier à l'association.

    S'il échafaude son phalanstère, c'est par révolte contre la classe des intermédiaires auxquels il réserve ses violences de langage : classe improductive, mensongère, malfaisante, économicide, et il s'indigne que l'agriculture, fonction principale, soit asservie au commerce, fonction accessoire. S'il échafaude le phalanstère, c'est encore parce que le morcellement, le manque d'organisation, l'incohérence du régime de libre concurrence le choque comme un gaspillage d'énergie. Et c'est encore parce que la contrainte du travail rend celui-ci pénible et moins efficace.

    Les moyens de réalisation.

    Ce caractère coopératif de la doctrine de Fourier se précise plus encore par les moyens qu'il envisage pour atteindre son but. Fourier ne compte que sur des associations libres, des constructions sociétaires successives que de petits groupes édifieront.

    On ne réalisera d'abord qu'une demi-association ; ce n'est que graduellement que l'on se rapprochera de l'ordre sociétaire intégral. Fourier ne fixe pas de programme absolu et rigide pour cette évolution. Il concevait cependant trois étapes essentielles : on commencerait par réformer le système commercial, par le métamorphoser de mensonger en véridique ; puis on opérerait l'organisation solidaire et économique des manufactures et de l'industrie. Enfin, on atteindrait l'agriculture en y introduisant l'association graduée.

    Une grande souplesse devait d'ailleurs présider à cette évolution ; une série de "fondations approximatives et successives" basées sur l'idée de solidarité sociale nous rapprocheront pas à pas de l'idéal sociétaire. Il sera aisé d'introduire ces institutions dans la société présente ; elles s'y développeront d'elles-mêmes, se liant peu à peu à d'autres semblables avec lesquelles elles pourront se fédérer.

    Fourier institue d'abord le "comptoir commercial", entrepôt de commerce. Il y adjoint une banque d'échange rurale, sorte de caisse d'épargne, constituée sous forme de société par actions. Le comptoir commercial et la banque d'échange rurale créeront autour d'eux tout un réseau d'entreprises agricoles et industrielles, constituées toujours sous forme de sociétés par actions. À leur tour, ces entreprises organiseront la vie en commun, par des associations de consommateurs. D'ailleurs les associations seront extrêmement nombreuses, créées pour des travaux très variés, et des occupations très diverses.

    Peu à peu ces sociétés, en se multipliant, en .s'associant, en se fédérant, transformeront progressivement toute l'organisation des échanges, de la production, des loisirs. La concurrence se trouvera atténuée, finalement supprimée ; un principe de solidarité sociale remplacera le principe de la libre concurrence.

    Ainsi Fourier entrevoit l'avènement de ce qu'il appelle l'ordre sociétaire, par le libre effort des individus, par le développement spontané et progressif des associations.

    Caractères de la doctrine de Fourier.

    Dégageons les caractères de la doctrine de Fourier. C'est la doctrine de la coopération intégrale, de la coopération sous toutes ses formes ; doctrine certes extrêmement confuse et fantaisiste dans ses détails comme toute l'œuvre de Fourier ; mais "coopératisme de grande allure" (Bouglé), un peu fou peut-être, mais "de celle folie qui côtoie la sagesse" pour reprendre un mot de Charles Gide.

    Ce coopératisme a une base psychologique. Fourier veut opérer l'association des caractères aussi bien que des intérêts ; la recherché du plus grand intérêt pécuniaire n'est pas le seul mobile de l'homme dans sa vie économique. L'homme a besoin de joie au travail, et dans ses loisirs, les combinaisons, les jeux de la vie sociale importent autant à son bonheur que l'abondance des biens.

    La supériorité de l'association sur l'individualisme et la libre concurrence pour la production des richesses, la conformité de l'association avec la nature humaine pour la vie de travail comme pour le temps des loisirs, telles sont ses raisons de croire en la Coopération.

    Quant aux modalités de réalisation, l'association totale que rêvait Fourier serait une combinaison de coopératives multiples de distribution, de crédit, de production, de consommation. Il semble bien qu'il s'agisse d'associations fermées dans lesquelles les mobiles et l'esprit sociétaires pénétreraient chacun.

    Cette première doctrine coopérative française n'est pas socialiste, moins encore collectiviste ; c'est une doctrine autonome, vraiment coopérative, parce que toute entière centrée sur l'idée d'association libre, sur la psychologie de l'association libre, sur la fécondité du principe d'association.

    Influence de la doctrine de Fourier.

    Cependant cette doctrine n'offrirait, d'après certains, qu'un intérêt de curiosité ; son influence sur l'histoire de la pensée coopérative française aurait été nulle, en tout cas négligeable. Pour notre part, nous croyons, au contraire, que la doctrine de Fourier reste importante. Ses disciples immédiats ont fondé les premières coopératives françaises de production, et celles-ci ne devaient jamais abandonner la tradition fouriériste. D'autre part Charles Gide, le maître de la coopérative de consommation, a désigné Fourier comme l'inspirateur de sa pensée. Enfin nous croyons que la révision de la doctrine de Charles Gide, et la recherche d'une doctrine unique de la coopération, pourraient bien signifier un retour à Charles Fourier.

    Mais n'anticipons pas, et poursuivons l'histoire de la pensée coopérative en France, en montrant la liaison première, après Fourier, entre socialisme et coopération.

    II - Liaison première entre coopération et socialisme

    Le socialisme associationniste.

    Pendant près d'un demi siècle, jusque vers les années 1865, l'histoire de la pensée coopérative se lie étroitement à celle du socialisme. Les tentatives coopératives seront longtemps uniquement ouvrières, et le socialisme est surtout un socialisme d'association. Le mot et l'idée d'association se retrouvent chez tous les auteurs qui ont exercé alors une influence sur le mouvement ouvrier. Ces socialistes croient que l'association libre suffira à résoudre le problème social posé par le capitalisme. li n'y a ni séparation de fait, ni rupture doctrinale entre socialisme et coopération.

    Ce socialisme associationniste s'oppose à la fois au collectivisme et à la libre concurrence ; or, rappelons-nous que Gide a souvent défini le coopératisme comme "un système social qui se distingue à la fois de l'individualisme et du collectivisme".

    Les mobiles du socialisme, ou plus exactement du mouvement ouvrier à cette époque, ne se distinguent pas des mobiles de la coopération. Ce mouvement ouvrier n'est point la révolte d'une masse prolétarienne, mais la réaction d'une élite ouvrière et artisanale. Les aspirations instinctives de liberté et de dignité dans le travail et dans la vie se trouvent cruellement refoulées par l'industrialisme. Un désir d'indépendance économique et de redressement moral anime les ouvriers spécialistes. Pour améliorer leur sort matériel, plus encore pour se libérer de la puissance patronale, ils comptent sur leur propre effort poursuivi en commun par l'association. Les principes de l'association ne sont pas mis au service de quelque programme de transformation sociale, mais ils fournissent par eux-mêmes, et l'instrument, et l'idéal, de transformation sociale.

    De 1830 à 1848.

    Les doctrines de Fourier vont inspirer plus ou moins directement la plupart des socialistes des années 1830 à 1848. Victor Considérant, Cabet, Godin sont des disciples directs de Fourier. De nombreux saint-simoniens se rallient aux principes de l'association, notamment Buchez, qui expose une théorie particulière de l'association coopérative des producteurs libres. Louis Blanc, Pecqueur, Vidal subirent aussi l'influence de Fourier.

    Les fouriéristes suggéreront des plans pour l'organisation d'associations ouvrières, et parfois passeront directement eux-mêmes à quelque réalisation, tels Buchez et Godin. À partir de 1832 parait chaque semaine "Le Phalanstère", journal pour la fondation d'une Phalange agricole et manufacturière associée en travail et en ménage.

    Peu à peu les idées d'association diffusées et vulgarisées dans les principaux centres de production industrielle provoquent une série de tentatives empiriques, assez diversement inspirées. À Lyon notamment, en 1835, des fouriéristes créent "Le Commerce véridique et social", où consommateurs, capitalistes, fonctionnaires de l'entreprise sont associés ensemble, et aux bénéfices, et à la gestion. Les associations ouvrières fondées par Buchez n'associent que des travailleurs ; une partie importante des bénéfices, mise chaque année en réserve, doit constituer peu à peu un capital considérable inaliénable, permettant de rendre indépendant du patronat un nombre de plus en plus grand d'ouvriers.

    Ni Fourier, ni Buchez, ne recouraient à l'État ; leur doctrine était celle de l'association libre ne demandant à l'État ni concours financier, ni contrôle. Au contraire, Louis Blanc, tout en faisant confiance à l'association, se tourne vers l'État pour lui demander de prendre l'initiative des groupements professionnels, et de fournir aux ouvriers associés les premiers capitaux nécessaires. Le but final poursuivi par les ateliers sociaux de Louis Blanc serait d'ailleurs assez différent de celui des associations de Buchez. Louis Blanc, ennemi de la concurrence, désire la voir disparaître en ne constituant qu'une association unique dans chaque industrie ; cette grande association professionnelle posséderait des magasins de vente exploités à son compte. Buchez, au contraire, reste fidèle à l'idée d'associations multiples et maintient entre elles une certaine concurrence.

    Le triomphe de l'idée d'association en 1848.

    En 1848, l'idée d'association, répandue depuis vingt ans par des socialistes de sectes diverses, est populaire. La Révolution est accueillie par la classe ouvrière, ou du moins par son élite, comme la promesse d'une misé en application des formules nouvelles.

    Mais l'idée d'association ne reste pas confinée à ces milieux ouvriers ; l'idée d'association est acceptée de façon assez générale comme la formule d'un ordre économique nouveau.

    Le Père Lacordaire parle ainsi du haut de la chaire de Notre-Dame de Paris :

    Je n'insiste pas sur la question économique. Grâce à Dieu, elle est jugée aujourd'hui. Il est admis que l'association est le seul grand moyen économique qui soit au monde et que, si vous n'associez pas les hommes dans le travail, l'épargne, le secours et la répartition, le plus grand nombre d'entre eux sera inévitablement victime d'une minorité intelligente et mieux pourvue des moyens de succès... L'association volontaire où chacun entre et sort librement, sous des conditions déterminées par l'expérience, est le seul remède efficace à ces trois plaies de l'humanité : la misère, la servitude et la corruption.

    L'ancien saint-simonien Michel Chevalier, professeur au Collège de France, se ralliait aussi au principe de l'association : "Le régime sociétaire, écrivait-il, appliqué à la consommation, donne une économie très remarquable et permet par conséquent de multiplier le bien-être et les plaisirs de chacun avec une même quantité de ressources... L'association est possible dans la production même ; elle y est plus désirable encore que dans la consommation."

    L'idée de l'association semblait ainsi admise dans des milieux très divers, tandis que le mouvement ouvrier et socialiste allaient s'efforcer, soit d'obtenir du gouvernement provisoire la mise en œuvre des principes nouveaux, soit de multiplier les créations de groupements de production sous des formes extrêmement variées. Les associations ouvrières de production apparurent partout en France en 1848 et 1849.

    Le mouvement socialiste de 1848 et ses doctrines sont donc étroitement liés à l'histoire de la pensée coopérative.

    Sous le Second Empire.

    Lorsque sous l'Empire libéral le mouvement ouvrier se reformera, une liaison presque aussi étroite se manifestera d'abord entre socialisme et coopération.

    Proudhon exercera alors sur le mouvement ouvrier une influence dominante. Proudhon qui a pourtant combattu, et avec tant de vigueur, les formules sociétaires de Fourier, de Buchez et de Louis Blanc, opposera à la féodalité industrielle, qu'il décrit dans son Manuel du Spéculateur à la Bourse, la démocratie industrielle représentée par des associations ouvrières. Proudhon reste l'ennemi de l'association intégrale qui absorberait l'individu. Mais il souhaite des "compagnies ouvrières" capables de prendre en main l'industrie. Il désire aussi des associations de libres cultivateurs, maîtres de leur sol. Il professera au surplus la même opposition au collectivisme que la plupart des socialistes français antérieurs.

    Cependant pour Proudhon et la plupart des socialistes du Second Empire, l'association n'est pas le centre de leur pensée. L'idée d'association telle qu'elle s'exprimera à l'époque du renouveau coopératif de 1863 ne représente plus pour le mouvement ouvrier la mystique qu'elle était en 1848.

    Seuls les purs disciples de Fourier restent au service de la Coopération, et de la coopération seulement, en essayant de rapprocher sur ce terrain des démocrates de tendances diverses. Pour la plupart des socialistes, la coopération n'est plus que la réalisation partielle de leur programme ; la coopération n'est plus l'essentiel du socialisme français à partir des années 1860 ; la doctrine socialiste ne se confond plus comme en 1848 avec la doctrine de l'association.

    La tradition ouvrière reste encore certes dans le sens de l'association ; mais d'autres influences s'exercent proposant d'autres buts et d'autres moyens à l'effort ouvrier. Les doctrines de Lasalle, puis surtout de Karl Marx se répandent peu à peu. Au premier congrès de l'internationale ouvrière en 1866, la résolution adoptée n'accorde au mouvement coopératif qu'une importance insignifiante.

    La rupture entre le socialisme et la coopération.

    Dans les dernières années de l'Empire, les tendances nouvelles opposées aux vieilles formules d'association commencent à prédominer nettement dans le mouvement socialiste ; à partir de 1869, le vocabulaire marxiste et collectiviste se substituera dans les résolutions des congrès et des meetings au vocabulaire proudhonien.

    Cette séparation doctrinale qui s'annonce dès 1860 ira se précisant jusqu'à la rupture définitive en 1879.

    Au premier congrès ouvrier de Paris en 1876, tout en s'orientant délibérément vers la politique révolutionnaire et vers la lutte des classes, on reconnaît encore "comme moyens efficaces" d'émancipation économique immédiatement réalisables, les trois formes d'association : crédit, consommation, production. Même décision au Congrès de Lyon en 1878 : "Les chambres syndicales devront mettre tout en œuvre pour l'établissement de sociétés de consommation, de crédit, de production.

    Mais l'année suivante au Congrès de Marseille, socialistes et coopérateurs allaient affirmer brutalement leur rupture. Une résolution déclarait la coopération impuissante à réaliser les buts de la classe ouvrière et affirmait que la seule voie ouverte, c'était la socialisation des moyens de production par l'expropriation des classes possédantes.

    Cette rupture formelle mettait fin à une longue liaison. Mais à la vérité, cette liaison d'abord totale et enthousiaste, n'était plus depuis longtemps qu'une habitude de pensée et une liaison d’intérêts. Habitude de pensée tenant à la communauté des origines, et liaison d'intérêts parce que coopérative et socialisme grandissaient au sein du mouvement ouvrier en utilisant tous deux ses mobiles d'action.

    Mais depuis longtemps (1862-1863), la coopération avait d'autres relations, d'autres amitiés, qui n'étaient pas pour la retenir dans l'ambiance du socialisme.

    III - Séparation doctrinale du socialisme et de la coopération

    La coopération bourgeoise.

    À partir de 1863, des influences bourgeoises, libérales, conservatrices, se sont exercées sur la coopération. Socialisme et Coopération iront en accentuant leur séparation. L'opposition entre le collectivisme et la coopération obligera celle-ci à préciser sa propre orientation, en revenant avec Charles Gide, le Charles Gide de 1888, à la doctrine de la coopération intégrale.

    Les influences bourgeoises, libérales, conservatrices, se feront sentir sur le mouvement coopératif français à trois époques différentes.

    Vers 1863, tout un groupe d'hommes politiques et d'économistes se réunit autour de Casimir Périer pour propager l'idée coopérative. Augustin Cochin, Odilon Barrot, Léon Say, Jules Simon, Léon Walras sont parmi les plus connus. Ce sont politiquement et économiquement des libéraux préoccupés de paix sociale et de réforme sociale. Ils joueront un rôle important dans le développement de la coopérative de crédit, qui connaît des beaux jours en 1864-1865 et dans le développement des associations ouvrières de production, qui se multiplient de 1863 à 1868. Ils contribueront aussi à introduire en France, à la même époque, les premières coopératives de consommation sur le modèle des Pionniers de Rochdale, que Casimir Périer propose à l'admiration de ses adeptes.

    Après 1875, des économistes libéraux tels que Frédéric Passy, ou des disciples de Le Play, tels Fougerousse et Hubert Valleroux, sont parmi les coopérateurs les plus actifs. Les uns s'orientent vers les associations ouvrières de production, les autres vers les coopératives de consommation, tel Fougerousse qui y jouera le rôle dominant avant Charles Gide.

    À partir de 1877, mais surtout après la loi syndicale de 1884, des libéraux, des conservateurs et des catholiques sociaux répandront en France les associations agricoles. Vers 1877-1878, se créent d'abord de nombreuses caisses de crédit sur le type des caisses allemandes Schultz-Delitsche ; le mouvement est d'inspiration catholique. Puis après 1884, se multiplieront syndicats et coopératives agricoles sans couleur confessionnelle mais de tendance conservatrice.

    On comprend aisément qu'une fois estompé le souvenir des journées révolutionnaires, la coopération soit apparue, non seulement comme acceptable, mais comme susceptible d'être encouragée et utilisée, par des hommes, qui, en restant économiquement des libéraux et socialement des conservateurs, se préoccupent sincèrement et du progrès des classes ouvrières et de la paix sociale.

    La coopération, institution de progrès et de paix sociale.

    La coopération fait appel surtout à l'effort des individualités pour améliorer leur sort, elle accepte de tenter ce relèvement dans le milieu de la libre concurrence ; elle ne suscite pas nécessairement d'oppositions de classe ; elle se rangera assez aisément parmi ces institutions de progrès social dont le sociologue le plus individualiste, l'économiste le plus libéral ne saurait s'effaroucher et peut accepter l'existence, quitte d'ailleurs à n'y attacher qu'une portée assez limitée, une de ces institutions de progrès social auxquelles peuvent se dévouer des hommes de bonne volonté n'abandonnant rien de leurs conceptions libérales ou de leurs préférences capitalistes.

    Pour beaucoup, la coopération sera seulement un moyen d'améliorer la condition des classes populaires, par le crédit, par l'association de producteurs, par la coopérative de consommation. La Coopération empêchera l'artisan de tomber au rang de salarié, elle permettra à certains ouvriers de devenir indépendants, elle facilitera à l'ouvrier des économies sur ses dépenses courantes de ménage ; elle stabilisera et améliorera la situation du paysan indépendant.

    Pour d'autres, la coopération sera un instrument de paix sociale, de réconciliation du capital et du travail, d'apaisement des antagonismes sociaux. Une élite ouvrière verra se réaliser ses légitimes aspirations à l'indépendance. On réclamera, dans toutes les entreprises, la participation des ouvriers aux bénéfices, considérant cette institution comme une forme intermédiaire entre le salariat et l'association.

    Certains verront dans la coopération un moyen de lutte contre le socialisme. Dans une brochure de 1864, Casimir Périer écrivait que contre les erreurs et les périls du socialisme, le plus sûr et le plus généreux des remèdes est la coopération. À l'organisation socialiste du travail, la coopération oppose la liberté, au monopole la concurrence, à l'irresponsabilité la responsabilité, à la contrainte l'association libre. Contre les excès du parti révolutionnaire, il n'y a pas de meilleure antidote que la coopération.

    On aurait de tort de minimiser l'influence exercée par ces divers groupes de libéraux sur le mouvement coopératif. Une histoire internationale de la pensée coopérative montrerait qu'en certains pays, notamment en Allemagne, les idées et les réalisations coopératives sont dérivées du libéralisme. Et lorsque l'Alliance coopérative internationale fut fondée en 1886, elle posa comme article essentiel de son programme, la réconciliation du capital et du travail sous la forme de participation de tous aux bénéfices des entreprises.

    En France même les influences conservatrices s'exercent encore sur une grande partie des coopératives agricoles et dans les vingt dernières années du 19ème siècle les influences libérales étaient très agissantes dans la coopérative de consommation comme dans l'association ouvrière de production.

    Pour ces coopérateurs de doctrine libérale et de milieu bourgeois, la coopération ne représente pas un ordre social nouveau fondé sur l'association, il n'y a pas vraiment pour eux de doctrine coopérative, mais la coopération est un instrument à utiliser au service de leur doctrine, ou encore un correctif nécessaire à apporter au régime libéral et capitaliste. La coopération n'est plus une doctrine de transformation sociale, mais un moyen au service d'une autre doctrine, ou un correctif à certains maux du régime. Nous sommes très loin de la doctrine de l'association intégrale de Charles Fourier.

    Socialisme et Coopération après 1879.

    Vers la même époque, socialisme et coopération vont accentuer leur séparation doctrinale.

    Dès que l'influence du marxisme est devenue prépondérante, la coopération ne peut plus être considérée par le socialisme que comme un instrument subordonné à son but. La Coopération apparaîtra au marxisme comme un élément accessoire de l'effort ouvrier ; on cherchera à utiliser les services matériels rendus par la coopération comme un moyen de propagande et de recrutement ; souvent, on se bornera à un encouragement théorique et un peu sceptique. Parfois les dirigeants socialistes de pure obédience marxiste combattront la Coopération comme suspecte de réformisme.

    En effet, la coopération ne pouvait prendre dans la synthèse marxiste qu'une place modeste, de mode annexe de groupement de classe, relié au syndicalisme et au socialisme politique comme peuvent l'être des banques du travail ou des banques ouvrières. L'édification d'un nouvel ordre social ne pourra se réaliser que par la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière organisée et révolutionnaire.

    Il s'agit donc pour le marxisme de remplacer dans la pensée ouvrière, le mythe de l'association transmis par la série des socialistes français du 19ème siècle, par celui de la lutte des classes, et de l'instauration du collectivisme par la dictature du prolétariat. Tout en vidant ainsi la coopération du principe de transformation sociale qu'elle porte avec elle, on cherchera à en faire un instrument de groupement, d'éducation, de propagande pour la classe ouvrière, un instrument au service du parti ouvrier révolutionnaire, du socialisme marxiste, du collectivisme.

    En 1879, au Congrès de Marseille, la résolution adoptée qui rompt la dernière liaison doctrinale entre socialisme et coopération, est la suivante : "Le congrès déclare que ces sociétés ne peuvent aucunement être considérées comme des moyens assez puissants pour arriver à l'émancipation du prolétariat.. que, néanmoins elles doivent être acceptées au même titre que les autres genres d'association, dans le seul but d'arriver à la solution du problème social par l'agitation révolutionnaire la plus active".

    Certes, bien que le marxisme ait depuis lors imposé ses formules au socialisme français, il persistera chez beaucoup de chefs socialistes, et dans une grande partie de la masse ouvrière un attachement durable au socialisme d'association. Mais pour tous la coopération ne sera qu'un moyen plus ou moins important parmi d'autres, pour atteindre un régime socialiste, un instrument au service de leur doctrine socialiste. Cette doctrine peut faire une place assez importante à la coopération, mais elle n'est plus centrée sur le principe de l'association libre.

    Le Coopératisme de Charles Gide en 1888.

    Instrument au service de libéraux réformistes, instrument au service du socialisme, la coopération risque grandement de disparaître autour des années 1880, comme doctrine autonome, indépendante. La coopération est alors doublement menacée, d'une part par le nouveau socialisme qui en niait l'originalité en la réduisant au rôle de servante du parti ouvrier, d'autre part par l'économie libérale qui l'avait réduite à peu près au rôle de caisse d'épargne et n'y voyait qu'un moyen de transformer le prolétaire en petit propriétaire, petit capitaliste, petit patron, ou un moyen de consolider la situation de petits paysans et artisans.

    En ce péril, on peut dire vraiment qu'un homme sauva la pensée coopérative, la doctrine coopérative. Ce fut Charles Gide. Il y a en Charles Gide une première période coopérative que l'on ignore trop. Avant de fonder la doctrine de la coopérative de consommation, à partir de 1889, Charles Gide rétablit, d'abord à l'encontre des libéraux et des socialistes, l'originalité, l'autonomie de la doctrine coopérative.

    Dans ses discours de 1886 et 1888, au deuxième et troisième congrès des coopératives de consommation, il s'élève contre les principes du nouveau socialisme : principe de la propriété collective et de la révolution violente qui ont transformé, dit-il, la pensée traditionnelle du mouvement ouvrier français. Dans les mêmes discours, Charles Gide montre que la coopération poursuit elle aussi une transformation complète du régime capitaliste, mais selon des procédés à elle et avec une vision du monde dominée par l'idée d'association. Cette rupture nette de la coopération, d'une part, avec les doctrines libérales, d'autre part, avec le collectivisme, permettra à la doctrine coopérative de retrouver la force et l'originalité qu'elle avait bien failli perdre depuis une vingtaine d'années.

    À cette doctrine de la coopération, Charles Gide ajoutera un élément nouveau et combien fécond. La base de la pensée de Charles Gide était morale, même religieuse. La coopération, pour lui, doit poursuivre directement la moralisation de l'économie, placer l'épuration, l'ennoblissement des mobiles économiques, au. premier plan de ses préoccupations. Si l'effort coopératif, si le principe de l'association libre lui semblent très supérieurs à la contrainte, à l'abandon du collectivisme, c'est que psychologiquement, moralement, cette forme de la vie sociale lui parait très supérieure. Le progrès humain et la liberté dans un régime de libre association, lui apparaissent comme mieux assurés que dans le collectivisme. D'autre part, en substituant à la poursuite du profit individuel dans la libre concurrence, l'effort commun et solidaire dans une association qui ne supprime pas la libre initiative, on modifiera l'attitude économique de l'homme. Gide est moins soucieux de la productivité que du progrès humain, et par là, il oppose nettement sa doctrine et au libéralisme et au collectivisme. On connaît la page célèbre de Gide sur le progrès économique et les loisirs :

    C'est seulement dans l'eau paisible des lacs que se reflète là lumière du ciel et la joie de vivre, et que nous pouvons contempler notre image... Un jour peut-être le ralentissement de l'activité économique, en donnant aux hommes plus de loisirs, leur donnera le temps de vivre, de s'intéresser à autre chose qu'à l'argent, de se connaître eux-mêmes, de se pencher sur leur âme pour s'y regarder, ce que l'on appelle si bien la réflexion, et permettra aussi à notre future société économique de refléter dans son cours apaisé un peu de joie, un peu de lumière du ciel et des choses d'en haut...

    À la poursuite éperdue par l'individu du maximum de richesses dans l'exploitation et la dépendance d'autrui, à l'activité contrainte et strictement organisée de la cité collectiviste, Gide oppose le régime apaisé, harmonieux et solidaire de la libre association.

    Ce redressement de la doctrine coopérative, Charles Gide le poursuit tout d'abord dans l'unité de la coopération. Au congrès de 1888, Gide fait appel, non seulement à toutes les sociétés de consommation qui n'ont pas encore adhéré à la Fédération, mais encore à toutes les sociétés de production, à tous les syndicats agricoles qui par la vente et l'achat des produits en commun s'inspirent de l'idée coopérative.

    La Coopération Intégrale.

    En 1888, Charles Gide précisera sa vision de la coopération sous foutes ses formes ; il prévoit ainsi une république coopérative qui ne ressemble pas tout à fait à celle qu'il esquissera par la suite. Citons-le :

    Si je cherche à me représenter l'organisation de la société future dans la mesure où notre science à courte vue peut nous permettre de prévoir l'avenir, elle m'apparaît sous l'aspect d'une multitude d'associations de toutes sortes et de toutes proportions, les unes immenses, les autres petites, et dont tous les hommes, en dehors de quelques sauvages, feront librement partie, associations dans lesquelles les travailleurs toucheront l'intégralité du produit de leur travail parce qu'ils posséderont leurs instruments de production, associations qui supprimeront les intermédiaires, parce qu'elles échangeront leurs produits directement entre elles, associations qui ne mutileront pas l'individu, parce que l'initiative individuelle restera comme le ressort caché qui fera mouvoir chacune d'elles, mais qui protégeront au contraire l'individu contre les hasards de la vie par la solidarité, associations enfin qui, sans supprimer cette émulation qui est indispensable au progrès, atténueront la concurrence et la lutte en supprimant la plupart des causes de conflit qui mettent aujourd'hui les hommes aux prises.

    À partir de 1889, Charles Gide semblera abandonner cette vision de la coopération intégrale, qui rejoint la doctrine sociétaire de Charles Fourier. Mais avant de devenir le théoricien de la coopérative de consommation, Gide fut en une heure difficile le mainteneur de la pensée coopérative, de toute la tradition coopérative dans son autonomie, dans son originalité.

    Après avoir construit ensuite la doctrine d'une forme particulière de la coopération, Charles Gide qui d'ailleurs ne niera jamais comme le firent certains de ses disciples, la parenté des diverses formes coopératives, paraît bien être revenu à une doctrine de toute la coopération, celle qui était la sienne en 1888.

    Nous suivrons, dans nos leçons, le même itinéraire. Partant de la doctrine de la coopération sous toutes ses formes, passant aux doctrines des diverses formes coopératives, nous reviendrons au terme de cet essai sur la pensée coopérative française, à une doctrine de la coopération sous toutes ses formes, mais non plus toutefois de la coopération intégrale.

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  • Économie sociale et Intérêt Général

    Mercredi, 26 Novembre 2014

    Économie sociale et Intérêt Général : rapprocher ces deux termes, soupeser ce qui les rapproche et ce qui les distingue, est devenu un exercice classique, voire banal. Je dirais : scolaire. Aussi je ne veux pas reprendre ici l'ensemble des considérants de ce vaste procès. En effet, il n'importe plus de se demander si l’État doit conserver le monopole de l'intérêt général ou si l'économie sociale a légitimité pour en prendre sa part ; car ce sont les États eux-mêmes qui sont en train de renoncer à ce monopole dont le poids leur semble désormais trop lourd. Et je suis prêt à parier que ce mouvement est irréversible. Car on ne pourra restaurer ce qui n'a jamais été, après tout, qu'une fiction.

    Que ce soit pour l'économiste, pour le sociologue ou pour le moraliste, la notion d'intérêt général n'a jamais existé que comme une asymptote, une ligne d'horizon qui fuit à mesure qu'on s'en approche. À un moment ou un autre, il faut bien trancher, donner une réalité matérielle, une traduction dans les faits, à cette belle abstraction. On va alors recourir, soit à la majorité démocratique qui se targue d'être l'expression de la volonté générale, soit à l'avis d'un jury de sages choisis pour leur supposée impartialité, soit à l'arbitraire d'une administration. Dans tous les cas, cela prête à contestation. Chacun peut se réclamer d'un intérêt général à sa façon, qui n'est pas celle du voisin, et du paradoxe de Condorcet au théorème d'Arrow, maints esprits ont tenté de théoriser cette impossibilité à mettre tout le monde d'accord.

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