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Celui qui tremble à la guerre
N'est qu'un jean-foutre en amour

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Mixité sociale

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  • Jeudi, 01 Octobre 2015

Mixité voulue, mixité subie, mixité encouragée voire rendue obligatoire par les politiques publiques, on conviendra aisément qu'il s'agit là de trois réalités distinctes qu'on ne peut confondre.

Mais avant tout, il ne peut y avoir mixité que s'il y a conservation des différences d'origine. Mettre dans une même école des garçons et des filles, c'est rendre cette école mixte ; mais si on a préalablement transformé chaque enfant en un être unisexe, il n'y a plus mixité, mais simplement addition de deux entropies. La question est alors de savoir si le fait de mettre ensemble garçons et filles va contribuer, ou non, à gommer les différences entre les sexes ; autrement dit, si la mixité va progressivement tuer la mixité, ou si cette mixité peut être conçue comme un instrument pour atténuer, voire faire disparaître, les différences.

C'est assurément ce dont sont convaincus divers groupes de pression qui ne voient les différences que comme des inégalités, et les inégalités comme autant de scandales. Souvent, ce sont les mêmes qui affirment que les différences ne sont que de culture et qu'il n'y a pas de vraies différences de nature ; que l'on rompe la reproduction des rapports de domination des uns sur les autres, et les inégalités cesseront, entraînant avec elles la fin des différences. Et la mixité généralisée est le premier moyen pour y parvenir.

Mais ces bourdieuseries tournent vite en trissotinades. À force de nier les différences de nature, comment continuer à parler de mixité ? Dès lors que tout est pareil, que tout se vaut, il devient suspect et parfois interdit de même nommer les éléments qui, une fois mélangés, vont constituer cette mixité tant réclamée, tant louangée, qu'on en oublie qu'elle n'est pas conceptuellement séparable des différences qui en font la substance.

Toute l'absurdité de ce vocabulaire, qui se veut aussi exclusif et aussi intégriste que sont étroites et rigides les mentalités qui le portent, transparaît dans cette exigence de mixité sociale devenue désormais une ardente obligation qu'on ne saurait discuter. Et où on ne sait donc plus distinguer ce qui relève de la recherche d'un équilibre social de bon aloi de ce qui relève d'affleurements pervers de relents bourdivins.

Pourtant, la mixité tout court, lorsqu'elle rompt d'anciennes ségrégations dont la raison d'être n'est plus perceptible ou a perdu toute pertinence, peut avoir et a effectivement eu des effets heureux. Je ne me sens pas la compétence de parler de l'école ; je me limiterai à une image plus anecdotique, mais riche de sens, celle des salons de coiffure.

Quel intérêt, social ou anthropologique, pouvait-il y avoir à ce que les hommes soient coiffés et rasés par d'autres hommes dans des salons réservés aux hommes, et que les dames le soient par d'autres dames dans des salons réservés aux dames ? C'était pourtant ainsi. Et quand le verrou a sauté, cela s'est fait en très peu de temps, et personne n'a regretté l'ordre ancien.

Aucun gouvernement n'y a été pour rien. Il n'y a eu ni loi, ni directive européenne, ni campagne de communication institutionnelle. Rien. Tout s'est fait naturellement, et la société y a gagné un lieu de convivialité et d'apaisement. Sans qu'en rien la différence des sexes ne soit réduite. Ah, quand les politiques et les idéologues sont hors jeu, tout se passe quand même bien mieux !

De même que les pubs anglais et les tavernes québécoises étaient jadis interdits aux femmes... qui en sont désormais les piliers les plus solides. Il est vrai que, là, il a fallu faire évoluer quelques règles, lesquelles avaient d'ailleurs un fort substrat religieux. Mais néanmoins point de bourdieuserie.

La mixité dite sociale, lorsqu'elle devient l'instrument de politiciens, n'a plus hélas ces vertus. Elle est chargée de toutes les pollutions. Déjà, son nom résonne mal ; comme il est indécent de parler de mixité ethnique, on ne peut plus mettre en avant que des disparités de revenus ou de richesse, ce qui a contraint maints organismes d'HLM à choisir entre l'inefficacité et l'illégalité. Un peu de bon sens très basique suffit pourtant pour comprendre, que ce soit à l'échelle d'une ville, d'un quartier ou d'une cage d'escalier, que les ghettos sont une calamité, qu'un peu de mixité apporte de la stabilité et de la sécurité, mais que trop de mixité forcée produit l'effet inverse.

Le désir de rester "entre soi" est humain et légitime. S'il est trop exclusif, cela devient pervers et dangereux. Mais si des lois, des objectifs chiffrés, une administration tatillonne et toute une doxa bien-pensante viennent le limiter et le vilipender, le résultat n'en est pas moins fâcheux, sans compter que l'acharnement à mélanger plus riches et moins riches n'a jamais réduit l'éventail des revenus.

Je termine ce rapide tour d'horizon, comme à l'accoutumée, par un retour sur l'économie sociale. Ceux qui s'en sont faits les porte-parole constituent un milieu fort homogène sur bien des plans. Les exhortations à la mixité sociale y sont fréquentes, mais on ne l'y pratique guère. Ce serait pourtant salutaire. Un peu de diversité, un peu d'ouverture y feraient le plus grand bien.

Mixité voulue, mixité subie, mixité encouragée voire rendue obligatoire par les politiques publiques, on conviendra aisément qu'il s'agit là de trois réalités distinctes qu'on ne peut confondre.

Mais avant tout, il ne peut y avoir mixité que s'il y a conservation des différences d'origine. Mettre dans une même école des garçons et des filles, c'est rendre cette école mixte ; mais si on a préalablement transformé chaque enfant en un être unisexe, il n'y a plus mixité, mais simplement addition de deux entropies. La question est alors de savoir si le fait de mettre ensemble garçons et filles va contribuer, ou non, à gommer les différences entre les sexes ; autrement dit, si la mixité va progressivement tuer la mixité, ou si cette mixité peut être conçue comme un instrument pour atténuer, voire faire disparaître, les différences.

C'est assurément ce dont sont convaincus divers groupes de pression qui ne voient les différences que comme des inégalités, et les inégalités comme autant de scandales. Souvent, ce sont les mêmes qui affirment que les différences ne sont que de culture et qu'il n'y a pas de vraies différences de nature ; que l'on rompe la reproduction des rapports de domination des uns sur les autres, et les inégalités cesseront, entraînant avec elles la fin des différences. Et la mixité généralisée est le premier moyen pour y parvenir.

Mais ces bourdieuseries tournent vite en trissotinades. À force de nier les différences de nature, comment continuer à parler de mixité ? Dès lors que tout est pareil, que tout se vaut, il devient suspect et parfois interdit de même nommer les éléments qui, une fois mélangés, vont constituer cette mixité tant réclamée, tant louangée, qu'on en oublie qu'elle n'est pas conceptuellement séparable des différences qui en font la substance.

Toute l'absurdité de ce vocabulaire, qui se veut aussi exclusif et aussi intégriste que sont étroites et rigides les mentalités qui le portent, transparaît dans cette exigence de mixité sociale devenue désormais une ardente obligation qu'on ne saurait discuter. Et où on ne sait donc plus distinguer ce qui relève de la recherche d'un équilibre social de bon aloi de ce qui relève d'affleurements pervers de relents bourdivins.

Pourtant, la mixité tout court, lorsqu'elle rompt d'anciennes ségrégations dont la raison d'être n'est plus perceptible ou a perdu toute pertinence, peut avoir et a effectivement eu des effets heureux. Je ne me sens pas la compétence de parler de l'école ; je me limiterai à une image plus anecdotique, mais riche de sens, celle des salons de coiffure.

Quel intérêt, social ou anthropologique, pouvait-il y avoir à ce que les hommes soient coiffés et rasés par d'autres hommes dans des salons réservés aux hommes, et que les dames le soient par d'autres dames dans des salons réservés aux dames ? C'était pourtant ainsi. Et quand le verrou a sauté, cela s'est fait en très peu de temps, et personne n'a regretté l'ordre ancien.

Aucun gouvernement n'y a été pour rien. Il n'y a eu ni loi, ni directive européenne, ni campagne de communication institutionnelle. Rien. Tout s'est fait naturellement, et la société y a gagné un lieu de convivialité et d'apaisement. Sans qu'en rien la différence des sexes ne soit réduite. Ah, quand les politiques et les idéologues sont hors jeu, tout se passe quand même bien mieux !

De même que les pubs anglais et les tavernes québécoises étaient jadis interdits aux femmes... qui en sont désormais les piliers les plus solides. Il est vrai que, là, il a fallu faire évoluer quelques règles, lesquelles avaient d'ailleurs un fort substrat religieux. Mais néanmoins point de bourdieuserie.

La mixité dite sociale, lorsqu'elle devient l'instrument de politiciens, n'a plus hélas ces vertus. Elle est chargée de toutes les pollutions. Déjà, son nom résonne mal ; comme il est indécent de parler de mixité ethnique, on ne peut plus mettre en avant que des disparités de revenus ou de richesse, ce qui a contraint maints organismes d'HLM à choisir entre l'inefficacité et l'illégalité. Un peu de bon sens très basique suffit pourtant pour comprendre, que ce soit à l'échelle d'une ville, d'un quartier ou d'une cage d'escalier, que les ghettos sont une calamité, qu'un peu de mixité apporte de la stabilité et de la sécurité, mais que trop de mixité forcée produit l'effet inverse.

Le désir de rester "entre soi" est humain et légitime. S'il est trop exclusif, cela devient pervers et dangereux. Mais si des lois, des objectifs chiffrés, une administration tatillonne et toute une doxa bien-pensante viennent le limiter et le vilipender, le résultat n'en est pas moins fâcheux, sans compter que l'acharnement à mélanger plus riches et moins riches n'a jamais réduit l'éventail des revenus.

Je termine ce rapide tour d'horizon, comme à l'accoutumée, par un retour sur l'économie sociale. Ceux qui s'en sont faits les porte-parole constituent un milieu fort homogène sur bien des plans. Les exhortations à la mixité sociale y sont fréquentes, mais on ne l'y pratique guère. Ce serait pourtant salutaire. Un peu de diversité, un peu d'ouverture y feraient le plus grand bien.