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Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne
Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m'attends !

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Après toutes ces élections, en attendant les prochaines

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  • Mercredi, 30 Novembre 2016

L'actualité politique de ces dernières semaines aura complètement occulté le "Mois de l'économie sociale", qui ne s'en relèvera sans doute pas. Elle aura également accentué cette impression de naufrage de la pensée que beaucoup ressentent. Les projets rationnels et construits, les idéologies nourries d'Histoire ont cédé la place à des mots interchangeables, confus et vides de sens, dont le martèlement incessant ne fait que renforcer l'indifférence de ceux qu'ils sont supposés convaincre.

Peut-être n'est-ce qu'une impression, peut-être qu'à toute époque des esprits chagrins ont déploré l'indigence du débat politique contemporain, en magnifiant le souvenir des riches et fécondes joutes intellectuelles de jadis ; néanmoins, l'actuel pouvoir mystérieux des "réseaux sociaux" sur fond de faillite des sondages y apporte un élément radicalement nouveau.

Ce n'est plus seulement la rue, la rumeur, la résistance de mentalités archaïques, ou l'action de quelque réseau occulte, qui vient se mettre en travers de la doxa dominante et faire échec à sa toute-puissance ; c'est la technologie la plus moderne. Autrefois, chaque place de village bruissait, elle aussi, de ragots et de raccourcis simplistes ; mais l'accord que ceux-ci pouvaient susciter dans la population était nécessairement limité par la connaissance personnelle que l'on pouvait avoir de leurs porteurs, la confiance qu'on pouvait leur témoigner, et ce qu'on pouvait savoir de leurs antécédents. Certes, il arrivait que le "bon sens populaire" dégénère çà et là en pogrom ; mais il avait ses garde-fous de proximité, efficaces dans l'écrasante majorité des situations. Et ce sont ces précieux garde-fous que les réseaux sociaux ont fait sauter, en faisant sauter les temps et les distances, en permettant à l'anonymat de se déployer sans entraves, à chacun de faire chorus sans risque pour sa réputation.

L'oligarchie médiatique et sondagière se sera donc trouvé un ennemi à sa mesure et à son image. Non pas le populisme rance qu'elle ne cesse de dénoncer, ce populisme étriqué comme l'était la place du village, non pas le repli identitaire ou la peur de l'autre ; mais un ennemi mondialisé comme elle : son véritable clone ! La peste face au choléra, ennemis mais en quelque sorte unis dans un même mouvement d'abrutissement panurgien de l'électeur, rabaissé au rang de simple consommateur d'émotions, de mots et de crispations, et sommé d'en rester l'esclave.

J'ignore d'où viendra le salutaire mouvement d'émancipation qui rapprochera notre électeur de ce statut de citoyen dont il ne possède aujourd'hui que le titre formel. Mais je sais que cela passera par la réhabilitation de l'intelligence, ce qui, convenons-en, ne sera pas une mince affaire.