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Et c'est une folie à nulle autre seconde
De vouloir se mêler de corriger le monde

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Où va l'ESS ?

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  • Lundi, 27 Novembre 2017

 

L'ESS d'aujourd'hui, tout au moins en France, s'est mise à tourner en rond. Toute grisée par la promesse de changer d'échelle, elle s'est enfermée dans un nombrilisme byzantin qui lui a fait rapidement perdre le peu d'écho que la loi de 2014 lui avait assuré. Le mois de novembre qui s'achève a été inaudible ; année après année, cette institution du Mois de l'Économie Sociale s'étiole et se décompose dans l'indifférence générale.

Toujours aussi pessimiste, m'objectera-t-on. Mais que proposez-vous ? Quelle recette miracle ? Et d'abord, quel est votre diagnostic ? Pourquoi tant de sévérité ? Ne faîtes-vous pas trop bon marché de nos efforts, de nos réflexions, des travaux de nos multiples comités et commissions ? Enfin, croyez-vous que ce soit le bon moment pour nous critiquer, alors que nous sommes attaqués de toutes parts ?

Eh bien, chers amis de l'ESS, permettez-moi d'abord de répondre sur ce dernier point. Non, vous n'êtes pas attaqués. Et la diminution du nombre des emplois aidés n'est pas dirigée contre vous. C'est un mauvais système, qui n'a jamais donné satisfaction, et il est salutaire qu'il amorce enfin son déclin. D'ailleurs, la notion même d'emploi aidé, financé en partie par la puissance publique pour diminuer artificiellement le chiffre du chômage, est aux antipodes des principes de l'Économie Sociale. Il est pour le moins cocasse que vous vous en fassiez les défenseurs, sous prétexte que cela a pu rendre service à tel ou tel. Votre attitude en la matière, purement égoïste et corporatiste, vient percuter de plein fouet les "valeurs" que vous affichez. Il serait temps de faire machine arrière.

Non, vous n'êtes pas attaqués. Au contraire, tout le monde vous voit avec sympathie, et attend beaucoup de vous. Peut-être trop ? En tous cas, il faut se montrer digne de ces attentes, et non se comporter en assistés. Pour tout dire, l'ESS aujourd'hui est trop folle dans ce qu'elle a de sage, et trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol.

Trop folle dans ce qu'elle a de sage, car l'ESS c'est la modestie du concret, c'est surtout l'entière responsabilité de ses sociétaires. Certes, ceux-ci doivent bénéficier de conseils, de formation, d'encouragements, d'exemples à suivre, et d'un environnement favorable. Mais c'est à eux et à eux seuls de savoir ce qui les unit, ce qui fonde leurs intérêts communs. Les coopératives d'éleveurs de porcs doivent coexister avec les coopératives de végétariens, et l'une n'a pas à donner des leçons de morale à l'autre. Sur ce point, le volumineux Guide des bonnes pratiques est, au mieux une perte de temps, au pire une tentative perverse et insidieuse de manœuvrer les comportements et les consciences dans une direction que je juge sans issue.

Et surtout, l'ESS est trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol. Au lieu de se présenter fièrement comme instrument d'une profonde transformation sociale, l'ESS fait profil bas et se couche devant la puissance publique, tout en restant prisonnière d'accointances politiques et idéologiques dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont plus porteuses du moindre avenir. À ce jeu, elle sera toujours perdante et réduite au rôle de cinquième roue du carrosse. Et lorsqu'elle se pose en rempart contre les excès de l'ultralibéralisme, c'est avec bien trop de timidité, et avec des arguments vieillots jamais renouvelés.

Alors, suis-je trop sévère ? Mais je ne demande qu'à avoir tort !

 

 

L'ESS d'aujourd'hui, tout au moins en France, s'est mise à tourner en rond. Toute grisée par la promesse de changer d'échelle, elle s'est enfermée dans un nombrilisme byzantin qui lui a fait rapidement perdre le peu d'écho que la loi de 2014 lui avait assuré. Le mois de novembre qui s'achève a été inaudible ; année après année, cette institution du Mois de l'Économie Sociale s'étiole et se décompose dans l'indifférence générale.

Toujours aussi pessimiste, m'objectera-t-on. Mais que proposez-vous ? Quelle recette miracle ? Et d'abord, quel est votre diagnostic ? Pourquoi tant de sévérité ? Ne faîtes-vous pas trop bon marché de nos efforts, de nos réflexions, des travaux de nos multiples comités et commissions ? Enfin, croyez-vous que ce soit le bon moment pour nous critiquer, alors que nous sommes attaqués de toutes parts ?

Eh bien, chers amis de l'ESS, permettez-moi d'abord de répondre sur ce dernier point. Non, vous n'êtes pas attaqués. Et la diminution du nombre des emplois aidés n'est pas dirigée contre vous. C'est un mauvais système, qui n'a jamais donné satisfaction, et il est salutaire qu'il amorce enfin son déclin. D'ailleurs, la notion même d'emploi aidé, financé en partie par la puissance publique pour diminuer artificiellement le chiffre du chômage, est aux antipodes des principes de l'Économie Sociale. Il est pour le moins cocasse que vous vous en fassiez les défenseurs, sous prétexte que cela a pu rendre service à tel ou tel. Votre attitude en la matière, purement égoïste et corporatiste, vient percuter de plein fouet les "valeurs" que vous affichez. Il serait temps de faire machine arrière.

Non, vous n'êtes pas attaqués. Au contraire, tout le monde vous voit avec sympathie, et attend beaucoup de vous. Peut-être trop ? En tous cas, il faut se montrer digne de ces attentes, et non se comporter en assistés. Pour tout dire, l'ESS aujourd'hui est trop folle dans ce qu'elle a de sage, et trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol.

Trop folle dans ce qu'elle a de sage, car l'ESS c'est la modestie du concret, c'est surtout l'entière responsabilité de ses sociétaires. Certes, ceux-ci doivent bénéficier de conseils, de formation, d'encouragements, d'exemples à suivre, et d'un environnement favorable. Mais c'est à eux et à eux seuls de savoir ce qui les unit, ce qui fonde leurs intérêts communs. Les coopératives d'éleveurs de porcs doivent coexister avec les coopératives de végétariens, et l'une n'a pas à donner des leçons de morale à l'autre. Sur ce point, le volumineux Guide des bonnes pratiques est, au mieux une perte de temps, au pire une tentative perverse et insidieuse de manœuvrer les comportements et les consciences dans une direction que je juge sans issue.

Et surtout, l'ESS est trop sage dans ce qu'elle doit avoir de fol. Au lieu de se présenter fièrement comme instrument d'une profonde transformation sociale, l'ESS fait profil bas et se couche devant la puissance publique, tout en restant prisonnière d'accointances politiques et idéologiques dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont plus porteuses du moindre avenir. À ce jeu, elle sera toujours perdante et réduite au rôle de cinquième roue du carrosse. Et lorsqu'elle se pose en rempart contre les excès de l'ultralibéralisme, c'est avec bien trop de timidité, et avec des arguments vieillots jamais renouvelés.

Alors, suis-je trop sévère ? Mais je ne demande qu'à avoir tort !