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M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !

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22 septembre : regards sur l'Afrique et sur la Prospective

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  • Jeudi, 22 Septembre 2011

L'actualité de l'Économie Sociale est réduite en ce moment, et celle de l'économie en général est franchement déprimante. Il nous reste la date d'aujourd'hui, pour nous ouvrir sur le vent du large.

Ce 22 septembre, le jour et la nuit ont exactement la même durée. L'équinoxe n'est pas forcément funeste, comme le chantait Brassens. Au delà de la bascule d'une saison sur l'autre, il nous rappelle que dans nos pays tempérés qui ont vu naître la modernité et la civilisation industrielle, nos esprits et notre patrimoine sont imprégnés depuis des siècles et des siècles par le cycle régulier de la durée des jours. Un printemps chaque année, c'est un rythme trop rapide par rapport à la vie d'un homme pour conserver un sens au vieux mythe de l'éternel retour. À l'inverse, c'est assez de temps pour observer dans l'enthousiasme la fantastique renaissance de la nature lorsque les jours se mettent à dépasser les nuits, et pour languir, s'affliger, déprimer, dès que les nuits dépassent les jours.

Le progrès de l'économie, la croissance, qui nous semblent des notions si familières, si naturelles, ne le sont que parce que nous nous situons intuitivement, ancestralement, par rapport à la suite des printemps, périodes où la croissance est un fait de nature. L'homme, en domptant la machine, s'est fait thaumaturge. Il a conçu le printemps continu, et l'a fait fonctionner. La croissance industrielle, c'est un printemps perpétuel que nul hiver ne vient arrêter. Certes, le dispositif n'est pas parfait, et il survient de temps à autre des crises, parfois plus dures que le plus dur des hivers ; mais leur rythme n'est pas inscrit dans le calendrier solaire.

Et il en est de même de la mémoire des bons et des mauvais jours. L'Histoire, du moins telle que nous la concevons aujourd'hui, et la Prospective, sont nées en pays tempéré, dans des sociétés mentalement structurées par l'alternance des saisons, c'est à dire saisissant d'emblée les notions de prospérité, de déclin et de renaissance.

Rien de tel sous l'Équateur. Les jours et les nuits y sont toujours d'égale longueur ; chaque jour est un jour d'équinoxe. Le soleil est toujours au zénith. Les arbres perdent leurs feuilles en permanence et restent toujours verts. Certes, les saisons des pluies donnent encore son sens au rythme annuel, mais la perception profonde que les sociétés ont pu acquérir du Temps n'est en rien comparable à la nôtre. Pour toute personne ayant travaillé en Afrique et y ayant un tant soit peu ouvert les yeux, c'est une évidence première.

Or le discours présidentiel prononcé à Dakar, le 26 juillet 2007, fit scandale. Son auteur, le bouillant Henri Guaino, y émettait l'idée que "les peuples africains ne sont pas [encore] rentrés dans l'Histoire." Il s'agit pourtant là d'une profonde vérité... mais c'est aussi, en notre époque de codes et d'interdits, une gaffe monumentale. Et ce n'est que de ce second aspect, insignifiant, qu'on a parlé.

Henri Guaino s'est trouvé une fois de plus pris au piège de son impulsivité, et le vrai débat n'a pu avoir lieu. Les bobos urbains des pays du Nord (pour être plus précis, disons des pays de l'OCDE, car l'Australie en fait partie...) affectionnent beaucoup d'aimer les étrangers, surtout ceux des "minorités visibles", mais à condition que ceux-ci soient exactement comme eux : déracinés, décérébrés, mondialisés, objets atomisés souverains dans un monde de technique majoritairement virtuelle, mais ayant perdu tout rapport au territoire et aux sociétés.

Ce faisant, ils se comportent comme les pires des colonialistes, imposant aux nations du Sud un modèle de développement, de civilisation, des "valeurs" qui soient partout les mêmes, c'est à dire les leurs.

Or encore moins que l'Histoire, la Prospective ne peut être identique là où il y a des hivers depuis des millénaires et là où il n'y en a jamais eu. Si l'interdépendance s'impose entre Nord et Sud, elle ne doit pas conduire à nier, à tenir pour secondaire, la pluralité des modèles. Au contraire, celle-ci doit être admise, affirmée, revendiquée, et toutes les conséquences doivent en être tirées. L'Afrique ne peut plus continuer à vivre coincée entre notre repentance et notre assistance, deux poisons mortifères qui l'empêchent d'enfin éclore et de pleinement s'assumer.

Méditons un moment sur cet équinoxe, le seul jour (il n'y en a que deux dans l'année...) où Nord et Sud s'accordent, jour et nuit ayant la même durée sur toute la planète !