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DEXIA : Crime et Châtiment

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  • Jeudi, 06 Octobre 2011

Le feuilleton Dexia qui nous tient en haleine depuis quelques semaines semble toucher à sa fin. Il faudra largement revenir sur l'histoire maudite de cette triple cupidité complice unissant banquiers, épargnants et collectivités territoriales. En attendant, ce qui me fait réfléchir aujourd'hui, c'est la colossale erreur de prévision que je fis il y a bientôt douze ans. J'avais prévu les événements d'aujourd'hui ! Mais je les voyais imminents. Pourquoi ? Parce que je croyais à la probité des élus locaux, à leur sens de l'intérêt général...

 

 

Et me voilà, rétroactivement, dans le rôle peu glorieux du crétin naïf de service. En matière de prévision, la date est au moins aussi importante que le fait lui-même. Je me suis donc planté dans les grandes largeurs. Ce qui s'est passé dans le monde des élus locaux ressemble en fait, comme deux gouttes d'eau, à ce qui s'est passé chez les administrateurs du Crédit Agricole : quand la vérole s'attaque à un terrain neuf, non immunisé par de précédentes déconvenues, elle est accueillie à bras ouverts et fêtée comme une reine. Les clients de l'ancien Crédit Local de France se sont plongés avec volupté dans la spéculation : cela a survécu à la crise boursière de 2001, les gouvernements (belge et français) ont permis de passer celle de 2008, et voici enfin l'addition finale qui arrive. Les remords tardifs n'y peuvent rien changer.

La vérole ? Oui, mais celle d'avant, quand on ne connaissait pas la pénicilline.

En 2000, avant l'éclatement de la "bulle internet", le CAC40 avait atteint les 6000 points. Tout le monde ne jurait que par la "création de valeur pour l'actionnaire" et la nouvelle banque Dexia était l'un des plus gros annonceurs dans les revues financières. Le sémillant barbu Pierre Richard était de toutes les pubs, le premier pour racoler les boursicoteurs à l'affut de plus-values faciles. Pire encore dans le vice : Dexia exhortait ses clients, ceux de l'ancien Crédit Local, les grandes et moins grandes villes de France, à entrer dans son capital. Ce fut l'occasion de divers débats de conscience : était-ce bien le rôle des municipalités d'utiliser l'argent du contribuable pour entrer en Bourse ? Nombre de villes, de tous bords politiques, y allèrent d'un cœur léger, primesautier.

Voici ce que j'écrivais alors, sous le pseudonyme à allure franc-comtoise de Ricardot :

L'année 1999 nous aura offert des événements sportifs exceptionnels. OPE, OPA, amicales ou hostiles, fusions et acquisitions ont défrayé la chronique et occupé des pages pleines de publicité jusque dans le plus petit journal de province. Nous avons eu les affres de Jaffré, les pectoraux de Pébereau, le pugilat entre Arnaud et Pinault à coups de Gucci... Parmi les exceptions qui confirment cette règle, deux cas méritent quelque attention : DEXIA et Rhône-Poulenc, deux moutons noirs qu'on sera bien obligé de renationaliser le moment venu, quand leur cours déchu permettra de les ramasser à vil prix.

Et plus loin :

DEXIA n'en finit pas d'expier son origine jugée honteuse de banque des collectivités publiques. Son management a entrepris une course folle pour se draper des oripeaux du libéralisme le plus échevelé, jusqu'à racheter une banque luxembourgeoise connue pour être peu regardante sur l'origine de ses dépôts. Cela tombe bien : les élus et les aménageurs qui ont un peu partout les mêmes complexes, laissent faire et applaudissent. Mais cela n'a qu'un temps. Quand une banque prête à long terme pour construire des gymnases ou des salles de concert, elle ne peut rémunérer grassement ses actionnaires en même temps que l'emprunteur fera baisser les impôts locaux ; ces deux exigences du libéralisme sont incompatibles. Déjà les concurrents, notamment les banques mutualistes, flairent le gros coup. DEXIA, sa phraséologie mondialiste et sa création de valeur à l'esbroufe, ira droit dans le mur !

Ce qui se passe effectivement aujourd'hui, mais je le voyais onze bonnes années trop tôt. Bonnet d'âne pour moi, larmes et lamentations pour tous, car la note sera salée !