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Et c'est un navire Hollandais
Qui m'a débarqué au port de Calais

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Brontosaures rafistolés, parés pour l'avenir ?

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  • Jeudi, 15 Septembre 2011

Les tarifs postaux ont augmenté une nouvelle fois, au début de cet été. C'était annoncé depuis un certain temps, mais au jour dit, le site de la Poste n'avait toujours pas affiché sa nouvelle grille. La moindre des choses eût été de rendre ce service aux usagers avec un peu d'avance, pour permettre aux expéditeurs, tant petits que moyens, voire gros (mais ceux-là ont sans doute d'autres canaux d'information) d'anticiper et de préparer leurs propres barèmes. Mais notre Poste, dans sa superbe, n'en a cure ; valsez, manants ! Vous aurez communication de la mise à jour tarifaire quand il nous plaira, à nous.

Une semaine avant, sachant que qui ne tente rien n'a rien, mais sans trop d'illusions, j'avais envoyé un courriel à la Poste. Il m'a été aimablement répondu, personnellement, que ma requête avait bien été reçue et comprise, et que tout l'effort sera fait pour mettre l'information nécessaire à la disposition des clients, "dans les meilleurs délais". Ah, les braves gens ! En attendant, ce sont les anciens tarifs qui, seuls, restaient accessibles. On imagine les confusions que cela a pu provoquer...

J'ai consulté le site tous les jours. La parution des nouveaux tarifs devant entrer en service le vendredi 1er juillet était annoncée pour le samedi 2. Rien n'est venu, mais le lundi, la mention a changé : l'affichage se fera "entre le 4 et le 6". Toujours rien le mercredi, mais cette fois l'échéance est fixée au "7 à 19 heures". À 23 heures toujours rien, mais le lendemain matin nous les avions enfin. À quoi rime cette comédie?

Cette Poste dont on ne sait pas si elle est entièrement privatisée ou non cumule hardiment les inconvénients des deux mondes. Du secteur public, elle a gardé la lourdeur, la condescendance, l'irresponsabilité et le mépris de la basse plèbe (usagers, clients, c'est rôti, bouilli, même chose !). Et du secteur privé, elle a goulûment adopté le langage ampoulé, la com la plus creuse, les plaquettes en quadri, la fatuité des discours lénifiants sur les valeurs de solidarité, de diversité, de responsabilité sociale, de développement durable et autres plaisantes fariboles. Seule la SNCF arrive à faire pire !

L'esprit du monopole en tous cas n'est pas mort. Car augmenter les prix lorsque le marché baisse, ce qui est le cas du courrier papier face au courrier électronique, n'est-ce pas l'exact contraire de tout ce qu'on m'a enseigné, et que j'ai moi-même enseigné à mon tour, en matière de théorie économique ?

Avec le recul des siècles, ce fut tout de même une belle histoire que celle de la Poste. La Poste aux lettres, mais aussi la Poste aux chevaux ! Les Fouquet de la Varane, Louvois, d'Argenson, Lavallette... Puis il y eut l'empire des PTT, régentant sous une même enseigne tous les moyens de communiquer... Mais il faut se rendre à l'évidence : tout cela est fini. J'aurais préféré une fin nette, franche, transparente. La survie des anciens supermonopoles publics, largement artificielle, assortie de mutations douteuses et incohérentes, ne me dit rien qui vaille. C'est l'antithèse exacte d'une démarche authentiquement prospective.

Je remarque surtout que cette survie coûte que coûte des vieux brontosaures ne laisse aucune place à l'Économie Sociale.

Qu'importe ! J'aimerais être là quand la dernière lettre papier sera distribuée à son destinataire...